Le fiasco de la stratégie anti-FN du PS

Parmi les nombreuses leçons que l’on peut d’ores et déjà tirer du scrutin municipal du 23 mars, sans même attendre le 2nd tour dimanche prochain, il y a celle de l’échec de la stratégie mise en place par la gauche en général et le PS en particulier pour contrer le Front national depuis des années. Celui-ci non seulement continue de progresser en voix au niveau national mais est désormais en passe de s’implanter localement sur l’ensemble du territoire, y compris en dehors de ses zones de force traditionnelles.

La stratégie anti-FN, résumée simplement, a consisté à « diaboliser » le parti lepéniste en accusant non seulement ses dirigeants et ses militants d’être racistes voire des fascistes patentés mais surtout en désignant ses électeurs potentiels comme tels.

En soi, une telle stratégie n’est pas totalement dénuée de pertinence, dans la mesure où elle correspond à une partie de la réalité politique et historique que représente ce parti sur la scène publique française depuis 30 ans. Héritier direct de la tradition d’extrême-droite, nombre de ses sympathisants comme de ses militants, sans parler de ses chefs, témoignent en effet régulièrement par leurs propos sinon par leurs comportements des différentes formes du racisme contemporain ainsi, en partie, d’une certaine nostalgie pour des idées qui ont tragiquement marqué le XXe siècle.

Mais le problème n’est pas là. Le problème est qu’une telle stratégie pose infiniment plus de difficultés qu’elle est supposée en résoudre.

D’abord parce qu’elle fait écran à toute analyse de la réalité complexe de ce qu’est le Front national, notamment depuis quelques années, et conduit donc à un réductionnisme toujours mal venu en politique. Mal comprendre ce que l’on dit vouloir combattre est l’assurance d’un échec.

Ensuite parce qu’elle assimile toute attitude, réflexion, proposition… qui ne s’inscrit pas immédiatement voire bruyamment dans cette unique perspective à une trahison ou à une complaisance en faveur du FN.

Enfin parce qu’elle finit par mobiliser contre elle-même non seulement les citoyens qu’elle prétend mettre au ban de la société mais encore les démocrates de bonne foi pour qui la politique consiste en un combat d’idées plutôt qu’en des postures morales répétées en boucle sur un ton d’inquisiteur.

Aujourd’hui, cette stratégie a vécu. On se doutait depuis un bon moment de son inefficacité autant que de la fragilité de ses fondements mais la démonstration n’en n’avait pas été faite de manière aussi claire et probante depuis 2002.

Si le PS et avec lui la gauche persistait dans cette erreur, en misant par exemple, à l’occasion du second tour, sur un énième appel au « front républicain » pour sauver quelques sièges que le vote populaire a d’ores et déjà condamnés, la sanction pourrait être plus lourde encore.

9 réflexions au sujet de « Le fiasco de la stratégie anti-FN du PS »

  1. Vous dites :

    « En soi, une telle stratégie n’est pas totalement dénuée de pertinence, dans la mesure où elle correspond à une partie de la réalité politique et historique que représente ce parti sur la scène publique française depuis 30 ans. Héritier direct de la tradition d’extrême-droite, nombre de ses sympathisants comme de ses militants, sans parler de ses chefs, témoignent en effet régulièrement par leurs propos sinon par leurs comportements des différentes formes du racisme contemporain ainsi, en partie, d’une certaine nostalgie pour des idées qui ont tragiquement marqué le XXe siècle. »

    J’avoue mon étonnement face à une analyse à mon sens erronée de ce que sont les réalités du parti de Marine Le Pen.

    Il serait tout d’abord utile de nous donner cette définition consensuellement admise de ce qu’est l’extrême droite, afin de pouvoir exposer ensuite en quoi le programme de ce parti – ses options politiques et philosophiques – a un lien quelconque avec la « tradition » d’extrême droite. C’est un pré-requis permettant un débat véritable. A défaut, on ne sait de quoi il est véritablement question.

    Cette démarche devra consécutivement, me semble t-il, amener à préciser si vous établissez une distinction entre « extrême droite » et « tradition » d’extrême droite, et selon quels critères. C’est dans ce cadre qu’il sera possible de classer, ou non, le parti de MLP du côté de l’extrême droite ou de la tradition d’extrême droite. J’avoue pour ma part n’avoir pas d’avis arrêté sur la question.

    Analyser sans définir préalablement, et avec clarté, les notions dont on se saisi aux fins d’analyse, me paraît être une démarche vouée à l’échec.

    Par ailleurs, ce parti a manifestement procédé à des exclusions, et il ne me semble pas que la ligne d’un parti puisse se définir selon les initiatives de sympathisants ou militants isolés ; si tel était le cas, il faudrait se retourner vers les autres partis et en tirer toutes conclusions. De telles considérations de conduisent-elles pas d’ailleurs à vider intégralement de son sens la notion technique de parti ?

    Vous évoquez enfin des « chefs » – notion déjà discutable à mon sens – quoi témoigneraient « par leurs propos sinon par leurs comportements des différentes formes du racisme contemporain » ou même « d’une certaine nostalgie pour des idées qui ont tragiquement marqué le XXe siècle ». Vous serait-il possible d’illustrer ce propos en indiquant quels sont ces membres contemporains, et les faits visés en la cause, peut-être même en précisant leur date ?

    La lecture du programme de MLP (2012 sur son site) indique, me semble t-il, que cette dernière incarne ce républicanisme civique français longtemps défendu avec intelligence et brio par Chevènement à gauche, à droite par les gaulliste sociaux.

    Un point est central dans cette perspective, la définition qu’elle donne de la citoyenneté française. Sur ce point, MLP est on ne peu plus clair, comme son programme. La citoyenneté qu’elle promeut est heureusement sans lien à l’ethnie, la race, la religion, ou que sais-je d’autre encore…

    Dans l’attente de vous lire,

    Cordialement,

    Eric

  2. Cette absence de civisme quand vous touchez à « La citoyenneté qu’elle promeut est heureusement sans lien à l’ethnie, la race, la religion, ou que sais-je d’autre encore… » le que sais-je d’autre encore démontre vouloir ne rien montrer, démontrer que la France trop structurée est incapable d’élaboré par les citoyens dans les régions des propositions réalistes, constructives et bonnes pour un peuple taxé, réglementé, trop structuré et administré.

  3. @ Eric:

    Je vois que la stratégie de « dédiabolisation » du FN a réussi…

    Vous demandez des exemples concrets qui prouvent que le FN est bien un parti d’extrême droite,les voici:

    La présence de militants du bloc identitaire au sein du rassemblement bleu Marine.
    Investiture d’un militant du site d’extrême droite,Riposte Laique,site dont un article au moins été condamné par la justice pour »appel à la haine et au racisme » (il s’agissait d’un article concernant les musulmans français).Site où écrit régulièrement Christine Tasin,auteure d’un article au titre explicite »que faire des musulmans une fois le Coran interdit? »,un article ahurissant où elle appelle l’armée « à tirer dans le tas ».
    Nostalgie pour les idées défendues par l’extrême droite au 20ième siècle:célébration des terroristes de l’OAS par des candidats FN dans le Sud(Louis Aliot,Gilbert Collard,Ménard,ce dernier auteur du livre « Vive l’Algérie Française »,etc),admiration pour les régimes « forts »,la Russie de Poutine,l’Argentine de Pinochet,l’Espagne de Franco(cf.Bruno Gollnish)etc
    Appel à manifester contre la construction de mosquées en France(cf.à Bordeaux),donc contre la liberté de conscience et de son expression pour une partie de la population française.
    Liens amicaux et intellectuels entre une partie des militants FN(voire candidats investis par le parti) et des théoriciens de thèses clairement situées à l’extrême droite:ex:Renaud Camus,racialiste , partisan de la Reconquista et inventeur de l’expression « le Grand Replacement ».
    Nombreux « dérapages » racistes de la part de candidats FN(contre Christiane Taubira,mais aussi contre les musulmans ou les juifs français,des candidats appelant sur leur page facebook à « tuer toute cette racaille quand elle fait sa prière le Vendredi », l’image du drapeau israelien brûlant et recouvrant toute la France sur la page facebook d’un autre candidat,etc etc)à tel point que le parti s’en senti obligé de transmettre une lettre confidentielle en interne à ses candidats pour qu’ils évitent de révéler leur vraie nature sur les réseaux sociaux…

    Quant à la citoyenneté française,si la ligne du parti semble claire en apparence,les débats en interne entre les différents courants du FN sont loin d’être terminés.Surtout lorsqu’on sait que le FN a investi des candidats qui quelques mois seulement avant leur investiture officielle partageaient sans crainte sur leur blog leur vision de la citoyenneté française qui était très loin de celle définie par le pacte républicain(contre le droit du sol mais aussi éventuel « retour » dans « leur pays » des citoyens français qui auraient la couleur de peau trop sombre ou une « mauvaise religion »).Je pense particulièrement à Aymeric Chauprade investi par le FN aux européennes qui a toujours été contre la « ligne républicaniste » du FN et les partisans de « l’assimilation » à la quelle il n’a jamais cru…

    Enfin,ce sont les exemples qui me viennent à l’esprit maintenant,mais il y a en sûrement d’autres.

    Néanmoins que je vous accorde que le FN n’est pas un parti composé exclusivement de personnes qui sont d’extrême droite,il y a des gens qui sont sincèrement républicains et qui pensent que le FN l’est aussi.
    Ce n’est pas un parti monolithique,mais nier la présence de gens dangereux en son sein est aussi une contre-vérité.

  4. La diabolisation est en effet un echec. Elle reussit meme a alimenter le vote FN car ca lui permet de se poser en victime et en parti anti systeme (alors que c est un parti qui ne reve que de faire partie du systeme a mon avis (et donc il n a plus grand chose avoir avec les parti nazi/fasciste ou meme l extreme droite francaise des années 30).
    Par contre, le FN est quand meme une belle bequille pour le PS. C est ce qui lui permettra probablement de limiter la casse par des triangulaires et la seule chance de reelection de hollande c est de faire comme chirac en 2002: bilan mediocre mais reelu grace a la presence de Le Pen au second tour

  5. Tout à fait cela. La stratégie moralisatrice finit par diaboliser tout le monde. L’exemple de ce qu’il ne faut pas faire est la tribune publiée il y a q jours dans Le Monde (http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2014/03/21/la-defiance-face-au-vertige_4387446_3232.html). Parler dans l’entre-soi dans un langage qui ne peut être compris par les victimes de la domination pour se tailler une posture. Le FN cessera d’apparaître comme un recours lorsque les choses s’amélioreront sur le plan économique. Mieux vaut combattre le FN avec des logements qu’avec des discours élaborés.

  6. @ Shay,

    Je pense que vous ne répondez pas – je dis cela avec la plus parfaite amabilité et avec le souci d’un échange constructif – aux éléments de débat dont j’ai fait, bien modestement, la proposition :

    – une définition de l’extrême droite et de la « tradition » d’extrême droite.

    – une analyse précise des options programmatiques et idéologiques posées par les instances dirigeantes de ce parti (Cf. le programme de 2012) – de fait, les simples militants et sympathisants s’agrègent a une force mais ne participent pas de son fonctionnement exécutif ou de la définition de sa ligne, ces éléments relevant des instances internes de représentation.
    Par ailleurs, que diriez-vous d’un parti qui opérerait une une surveillance permanente des actes et pensées de chacun de ses militants ?

    – des faits précis (qui, quand, où, citation si possible pour les déclarations) attachés à des représentants ou membres « directeurs » en poste.

    En dernier lieu, une accumulation de faits ne constitue en aucune façon, enfin selon moi, une définition.
    Une définition est une opération mentale qui consiste à déterminer les limites et le contenu d’un concept, d’un objet. Définir, c’est fixer des limites : le « ce que c’est » et le « ce que ça n’est pas ».

    Vous connaissez la phrase de Camus, mal nommer les choses…

    La reconstruction de la gauche passe par des interrogations précises, des analyses rigoureuses et non partisanes. Le travail commence !

    Cordialement.

    Eric

  7. « Nostalgie pour les idées défendues par l’extrême droite au 20ième siècle:célébration des terroristes de l’OAS par des candidats FN dans le Sud(Louis Aliot,Gilbert Collard,Ménard,ce dernier auteur du livre « Vive l’Algérie Française »,etc),admiration pour les régimes « forts »,la Russie de Poutine,l’Argentine de Pinochet,l’Espagne de Franco(cf.Bruno Gollnish)etc »

    Le livre de Ménard semble ne pas être une défense de l’OAS, mais une « dédiabolisation » de l’Algérie pendant la période coloniale.

    Rappelons qu’il ne s’agit pas là d’idées d’extrême droite, puisqu’elles ont été soutenues au moins temporairement par Pierre Mendès-France et François Mitterand (« l’Algérie c’est la France »).
    Ainsi, pour la notion de colonisation permettant de faire progresser les pays temporairement moins avancés, que par Léon Blum et Jules Ferry.

    Il faudrait donc savoir ce que Ménard écrit dans son livre, au delà du titre. Est-ce que vous l’avez lu, et qu’est ce qui vous semble d’extrême droite dans ce qu’il y écrit ?

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