Article paru dans le quotidien Le Figaro du 6 mai 2014, p. 14, sous une forme légèrement modifiée et sous le titre « Seul Valls offre au président un ancrage »

La phrase du député socialiste Bracke-Desrousseaux en 1936 pourrait bien convenir à la situation du président de la République alors même qu’il fête aujourd’hui le deuxième anniversaire de son élection.

Les ennuis, les vrais, vont en effet commencer pour François Hollande avec la mise en œuvre de son « pacte de responsabilité » alors même qu’il n’a aucune marge de manœuvre politique. Une large partie de l’opinion le boude, la grande majorité de ses électeurs de 2012 se détournent de lui dès qu’ils le peuvent dans les urnes et nombre d’élus socialistes ne voient plus désormais en lui un atout mais un obstacle à leur réélection.

La déroute socialiste aux municipales a révélé ce que tout le monde savait : le roi est nu.

Pis, il est nu sans avoir rien fait ou presque pendant deux ans ! Pour les uns, il n’a fait que tergiverser et repousser d’indispensables et douloureuses réformes ; pour les autres, il n’a jamais répondu aux promesses et aux espoirs du « discours du Bourget », moment-clef de sa campagne en 2012.

Son refus initial d’épargner « le sang et les larmes » au pays n’ayant servi à rien, sinon à le montrer sous les traits d’un velléitaire ou d’un pur tacticien, incapable d’indiquer une voie claire et lisible, et inapte à convaincre des bienfaits de sa pusillanimité.

Non seulement les objectifs claironnés pendant deux ans par le chef de l’Etat n’ont pas été atteints – que l’on pense simplement à l’emblématique fiasco de « l’inversion de la courbe du chômage » – mais le projet hollandais d’apaisement de la société après la tornade sarkozyste a échoué – que l’on songe à la violence des affrontements qui se sont multipliés autour des questions dites « de société » en particulier à l’occasion du débat sur le « mariage pour tous ».

Déception et défiance se sont donc logiquement, rapidement et durablement installées vis-à-vis du président de la République.

Aujourd’hui, alors que la communication élyséenne tente de nous convaincre que le quinquennat entre dans une seconde phase, programmée dès son début, les choix affichés et revendiqués à travers le « pacte de responsabilité » apparaissent déjà, aux yeux de beaucoup, soit comme une insuffisance soit comme une trahison.

Une insuffisance car, au-delà de l’effort historique des 50 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques annoncés, les réformes structurelles nécessaires, dans la logique même du pacte, au désendettement, au retour de la croissance et à la baisse significative du chômage, sont quasi-absentes.

Une trahison aux yeux de toute une partie de la gauche qui a permis l’élection du candidat Hollande au second tour de la présidentielle et qui souhaite rompre avec l’orientation sociale-libérale désormais clairement affichée par celui-ci.

Le vote du « programme de stabilité budgétaire » par l’Assemblée nationale le 29 avril, première étape, nécessaire certes mais insuffisante de la mise en œuvre du « pacte » n’a été obtenu qu’à force de dramatisation de l’enjeu et de négociation serrée entre l’exécutif et sa majorité.

Ceux qui y voient une insuffisance attendent des rendez-vous du gouvernement avec la (nouvelle) Commission européenne la confirmation de leurs inquiétudes. Ceux qui y voient une trahison attendent avec impatience les votes à venir à l’Assemblée nationale sur les mesures concrètes, budgétaires notamment, de mise en œuvre du pacte pour faire valoir, au-delà de l’abstention initiale de 41 députés socialistes, leur volonté de « changer de politique ».

Bref, le chef de l’Etat s’apprête à entrer dans le « dur » du quinquennat alors qu’il est au plus bas de sa popularité, que sa majorité est réduite à sa plus simple expression et qu’il n’a plus rien à proposer ou à négocier.

Seuls un optimisme inébranlable et une confiance audacieuse dans son habileté lui permettent visiblement de continuer à croire dans sa stratégie, et à espérer une amélioration de la situation économique – le « retournement » annoncé ce week-end ! – dans les mois et années qui viennent, à temps pour lui permettre de se représenter à l’élection présidentielle de 2017.

On peut toutefois craindre que tout cela ne suffise ni à rattraper le temps perdu ni à compenser l’insuffisance dans un sens ou dans un autre, celui de l’absence d’ajustement structurel ou celui de la fausse route sociale-libérale, de la politique qu’il a choisi de mener.

Seul, finalement, le changement de premier ministre semble offrir une issue au chef de l’Etat ou du moins un point d’ancrage. La popularité, le positionnement politique et les qualités de communicant de Manuel Valls apparaissent comme la garantie d’une cohérence entre l’orientation choisie par le président et sa mise en œuvre.

Toute la question est désormais de savoir si les deux premières années du quinquennat ne représenteront pas un handicap irrémédiable par rapport à celles qui viennent.

Professeur de théorie et d'histoire des idées politiques à l'Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines.

2 Comment on “Hollande deux ans après : « enfin, les ennuis commencent » !

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