Sortons de l’économisme pour penser notre « commun »

La gauche ne peut pas se contenter d’un discours sur l’économie. Elle doit développer un projet d’ensemble sur les enjeux culturels et identitaires.

[Article publié dans le journal Le Monde daté du mardi 17 mai 2016].

La gauche française vit, alors même qu’elle exerce pour la quatrième fois depuis 1981 le pouvoir d’Etat, un de ces moments de crise aiguë dont elle est coutumière. Nouvel épisode, banal au fond, de la longue et insoluble crise identitaire qui la caractérise diront certains ; ultime soubresaut avant son indispensable refondation diront d’autres. Sans doute un peu des deux risquera-t-on, tant les tensions actuelles qui se manifestent en son sein témoignent d’une accumulation de paradoxes qu’il lui faudra résoudre si elle veut prétendre continuer de jouer un rôle historique dans le devenir du pays.

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L’islam, le voile et la laïcité. Bref retour sur une polémique.

Récemment, Manuel Valls a expliqué que « que l’islam est fondamentalement compatible avec la République, la démocratie, nos valeurs, l’égalité entre les hommes et les femmes ». Il s’agit là d’une vision conforme avec ce que représente la laïcité dans notre République. C’est-à-dire le socle d’un « commun » au sein duquel chacun, quelle que soit sa croyance religieuse ou son absence de croyance, peut être pleinement et entièrement citoyen. Et l’islam, comme les autres religions, peut tout à fait être compatible avec ce commun républicain. Cette compatibilité repose précisément sur le principe laïque lui-même : la liberté religieuse est possible si chacun reconnaît les contours et les fondements du commun dans lequel elle peut s’exercer.

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A propos des « explications » du djihadisme

Certains collègues proposent des explications du djihadisme en jaugeant la qualité ou la sincérité des croyances des djihadistes – généralement afin de les exclure d’une lecture correcte ou conforme des principes de l’islam. Par exemple, le djihadisme serait une sorte de substitut ou de simple véhicule d’une radicalité sociale ou politique, parce que dans l’air du temps ou plus valorisante aujourd’hui que d’autres formes de radicalisme politique.

Cette démarche me paraît toujours sinon douteuse du moins problématique. Comment en effet peut-on dire, de l’extérieur de la religion, qui est un bon ou un mauvais croyant ? Au nom de quoi peut-on l’établir avec certitude ? D’autant plus qu’à l’intérieur de l’islam les interprétations (du djihad par exemple) sont multiples et surtout qu’il n’y a jamais eu besoin d’être un docteur de la foi pour être un « bon musulman » si j’ai bien compris.

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La campagne « Terra Nova » de Claude Bartolone en Ile-de-France

Entretien au Figaro, 10/12/15.

En meeting et dans Le Nouvel Observateur, Claude Bartolone a accusé Valérie Pécresse de défendre «la race blanche». Que vous inspirent ces propos?

De l’étonnement! On ne peut en effet se commettre dans de tels arguments dans un débat démocratique. Pour trois raisons, au moins, concernant Claude Bartolone.

D’abord parce qu’en sa qualité de président de l’Assemblée nationale, il se doit d’une certaine réserve au moins dans son expression, a fortiori à l’égard d’une députée de l’assemblée qu’il préside. Ce ton lié à ce mélange des genres est problématique.

Ensuite parce que l’on peut difficilement, en tant que candidat socialiste, reprocher une telle chose à une élue d’un parti (Les Républicains), pour lequel on appelle ouvertement à voter dans d’autres régions, comme en PACA ou dans le Nord. La campagne étant médiatisée nationalement, cela n’aidera pas nécessairement les camarades socialistes locaux de M. Bartolone. Il y a là, au mieux, une forme d’inconséquence.

Enfin parce que l’usage, abusif, de telles expressions participe de l’agitation identitaire dans le débat public que M. Bartolone et le PS sont les premiers à reprocher, à juste titre à Nadine Morano ou au FN.

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