« Manifeste Blair-Schröder »: une nouvelle épine sur la rose sociale-démocrate européenne

3276575131_e932734a40_mS’il a surpris par le moment de sa publication, le 8 juin 1999, à quelques jours des élections européennes, le texte en forme de programme pour la social-démocratie européenne cosigné par Tony Blair et Gerhard Schröder (“Europe : The Third Way – Die Neue Mitte”) n’est guère surprenant sur le fond. Il s’inscrit en effet dans l’évolution idéologique et programmatique du Parti travailliste britannique depuis l’accession de Tony Blair à sa direction en 1994, et depuis l’installation de celui-ci à Downing Street en mai 1997 (1).

Le texte n’a d’ailleurs pas surpris les responsables gouvernementaux français, dans la mesure où, comme le reconnaissait dès le 11 juin Pierre Moscovici dans Libération, “le gouvernement de Lionel Jospin ne se sent aucunement ‘pris à revers’ par cette initiative. Il en a d’ailleurs été avisé précocement, puis tenu régulièrement au courant de son avancement (…) la question de la participation française a même été posée”(2). Rien de surprenant donc dans la publication d’un texte programmatique commun par les chefs de gouvernements de deux des principaux pays européens et mondiaux, également chefs de leurs partis respectifs, le New Labour et le SPD.

Seule la date de publication du texte, à l’occasion d’une conférence de presse commune de Tony Blair et Gerhard Schröder au siège de Parti travailliste à Londres, a mobilisé les commentateurs français, qu’ils soient journalistes ou responsables politiques. Ce texte apparaissant à travers les commentaires comme une “erreur stratégique” à quelques jours des élections européennes (sur le mode : “Blair et Schröder ont voulu séduire les classes moyennes par un discours de droite… et ils ont échoué”) et comme un sérieux “coup de canif” à l’unanimisme social-démocrate du “Manifeste du Parti des Socialistes européens” signé en mars à Milan — destiné à servir de guide électoral dans la rédaction des programmes nationaux. Erreur confirmée, toujours aux yeux de la grande majorité des commentateurs français, par les mauvais résultats électoraux des travaillistes britanniques et des sociaux-démocrates allemands, responsables de la perte de la majorité du PSE au Parlement européen.

A cette analyse dominante, dans la presse et parmi les responsables politiques français, à gauche notamment, il semble nécessaire, voire indispensable, d’en ajouter une autre. Il s’agit en fait d’apporter un éclairage plus profond sur le texte cosigné par Tony Blair et Gerhard Schröder, et d’éviter ainsi un effet d’optique politique désastreux qui transformerait ce texte, théoriquement très marqué, en simple déclaration pré-électorale, simplement révélatrice du moment, certes mal choisi, de sa publication (3).

Ce texte représente en effet, du côté britannique en tout cas, une nouvelle étape, essentielle, dans la stratégie d’ensemble menée par Tony Blair et dont le but est de placer le néotravaillisme de la “troisième voie” au cœur de la doctrine de la gauche européenne pour le XXIème siècle. Dans ce sens, le “manifeste Blair-Schröder” s’inscrit dans le cadre d’une action de long terme voulue, pensée et préparée de longue date par Tony Blair et ceux qui, responsables politiques ou intellectuels, l’entourent, le conseillent ou l’inspirent (4). Le texte anglo-allemand mobilise de nombreux aspects qu’il serait vain de vouloir tous aborder ici (5). On en retiendra deux qui paraissent essentiels, et qui semblent pourtant avoir été souvent négligés par les analystes et les critiques de ce côté-ci de la Manche. Ils renvoient à l’inscription dans une stratégie de long terme de l’action de Tony Blair. Le texte Blair-Schröder peut être lu en effet à la fois comme une nouvelle occasion de réaffirmer les principes fondateurs de la démarche blairiste inspirée par le libéralisme et comme un nouveau pas franchi dans la campagne d’affirmation du rôle du Royaume-Uni en Europe grâce à l’utilisation de la “troisième voie” comme vecteur politique.

Le libéralisme au cœur du blairisme

Pour ce qui concerne le premier point, et sans refaire ici une généalogie de l’inspiration philosophique et idéologique blairiste (6), il convient simplement de préciser que le texte Blair-Schröder représente une nouvelle preuve de la faiblesse des explications “fonctionnalistes” du caractère dynamique du blairisme ou du néo-travaillisme. Ce type d’explications, souvent avancées de ce côté-ci de la Manche, réduisent le phénomène blairiste à une double spécificité : celle du mode de scrutin britannique pour les élections législatives d’une part (majoritaire à un tour, impliquant une forte bipolarisation et excluant des majorités de coalition), et celle des dix-huit années de thatchérisme d’autre part. Ce type d’explication a un défaut : il tend à masquer l’importance du défi théorique et pratique lancé par le blairisme à la social-démocratie européenne. Spécificité du mode de scrutin et héritage thatchérien sont, bien entendu, des facteurs déterminants du blairisme, qui expliquent pour une bonne part “l’irréductibilité” de l’exemple britannique, mais ils sont insuffisants pour éclairer la force idéologique du blairisme et la fascination qu’exerce l’idée de “troisième voie” sur la social-démocratie européenne. Il faut chercher plus loin, en s’intéressant, notamment, à la manière dont le libéralisme est utilisé comme moyen de rénover le travaillisme, mouvement dont témoigne, une fois de plus, le texte cosigné par Blair et Schröder.

L’inspiration libérale du texte n’est pas le résultat d’une ultime conversion des néo-travaillistes au libéralisme thatchérien, qui aurait été conduite par un Tony Blair faisant figure de réincarnation politique de Margaret Thatcher. Le libéralisme, et c’est bien là ce qui est le plus difficile à comprendre en France, fait partie intégrante de la tradition progressiste britannique (7). Il s’agit d’une donnée essentielle si l’on veut comprendre le sens du combat du Premier ministre britannique lorsqu’il appelle à un renouveau du “radicalisme” — sous la forme d’un “centre radical”. Son ambition politique est de réconcilier tradition socialiste et tradition libérale qui n’auraient jamais dû être séparées, selon lui, dans la doctrine travailliste (8). Cette idée trouve sa traduction dans la “troisième voie” blairiste, et dans le texte Blair-Schröder, sous la forme d’une double condamnation : celle du “vieux socialisme” (keynésianisme, économie mixte, domination de l’Etat sur la société civile, Etat-providence “du berceau à la tombe”, égalitarisme…) et celle du capitalisme néo-libéral de “l’ère Thatcher” (Etat minimal, économie de marché dérégulée, assistance sociale réduite, politique de l’offre favorisant “l’entrepreneur”…). Mais il faut immédiatement noter que cette double condamnation n’est pas symétrique, la “troisième voie” de Blair se présente comme une tentative, située délibérément à gauche, de rénover une social-démocratie elle-même déjà fortement “réformiste”, qu’il s’agisse de la version “Bad-Godesberg” du SPD, de la fin des années 1950 à Gerhard Schröder aujourd’hui, ou des “utopies réalistes” citées de Lionel Jospin . Ainsi explique-t-il dans sa brochure de 1998, The Third Way : “La troisième voie est également une troisième voie au sein de la gauche. Le débat au sein de la gauche a été dominé par deux positions peu satisfaisantes. La gauche fondamentaliste considérait les nationalisations et le contrôle étatique comme des fins en soi, conférant à toute proposition politique un caractère idéologique (…) Alors que les Réformistes essayaient périodiquement de changer le programme avec un succès limité. La troisième voie est une réévaluation sérieuse de la social-démocratie, profondément ancrée dans les valeurs de la Gauche afin de développer des approches radicalement nouvelles”(10). Pétition de principe qui inspire l’introduction du texte cosigné avec Gerhard Schröder.

On peut donc avancer que le libéralisme, aux yeux de Tony Blair, n’est pas un emprunt de circonstance plus ou moins destiné à satisfaire les classes moyennes, mais plutôt le double résultat, d’une part d’un pragmatisme qui le fait apparaître comme le fond d’un paysage national et mondial dans lequel la politique de son gouvernement prend place, à un moment particulier et dans des conditions particulières (post-thatchérisme, mondialisation accélérée, flexibilisation du marché du travail, révolution technologique…) (11), et d’autre part d’une conviction théorique : le libéralisme fait partie intégrante du progressisme de gauche auquel est liée la doctrine travailliste originale (responsabilité, égalité des chances, justice sociale…)(12). Le texte commun Blair-Schröder témoigne, du côté britannique du moins, de cette alliance entre pragmatisme et conviction théorique forte qui caractérise “méthodologiquement” le blairisme.

“Britain in Europe” ou “troisième voie” pour l’Europe ?

Au-delà de la querelle sur le degré supposé de libéralisme qu’il contient, un second aspect du manifeste anglo-allemand doit être pris en considération. Il concerne la réaffirmation du rôle du Royaume-Uni en Europe. La coïncidence entre la présentation de leur texte commun par Tony Blair et Gerhard Schröder et le lancement d’une grande campagne nationale au Royaume-Uni sur le thème “Britain in Europe” est un événement passé quasi-inaperçu en France. Il révèle pourtant le caractère hautement stratégique de la démarche blairiste. Tony Blair a en effet annoncé, peu après la publication du texte commun avec Schröder, qu’il soutenait officiellement la “campagne indépendante”, menée par des chefs d’entreprise, des hommes politiques, des syndicalistes… favorables à l’entrée du Royaume-Uni dans l’euro (13). Cette annonce, au-delà de l’engagement clair en faveur de l’euro qu’elle implique de la part du Premier ministre britannique dont l’électorat est largement composé par les pro-euro, témoigne de la stratégie de réaffirmation du rôle de la Grande-Bretagne en Europe qui est un des axes essentiels de sa politique, et dont le combat en faveur de la “troisième voie” représente la pointe avancée. Cet activisme proeuropéen est perceptible à travers un certain nombre de moyens mis en œuvre par Tony Blair, au premier rang desquels figure à la fois la mise en place d’un véritable réseau intellectuel chargé de la diffusion des idées de la “troisième voie” et le lancement d’opérations bilatérales spectaculaires particulièrement médiatisées — perspective dans laquelle s’inscrit la publication du texte avec Gerhard Schröder (14).

Depuis son arrivée au pouvoir, de nombreux think tanks proches de Tony Blair tentent de promouvoir l’idée d’un “retour” de la Grande-Bretagne en Europe et du caractère nécessaire de son leadership dans l’Union européenne sur la base de la “troisième voie” (15). Au-delà d’un travail de publication important bien relayé par la presse britannique pro-européenne, notamment The Guardian et The Observer, le gouvernement soutient la mise en place d’un véritable réseau informel européen de promotion de la politique blairiste, le “New Policy Network” (émanation du nouveau “Foreign Policy Centre” créé cette année et qui a pour parrains Tony Blair et Robin Cook, le ministre des affaires étrangères britannique), financé par les grandes firmes britanniques favorables à l’entrée du Royaume-Uni dans l’euro et visant à établir des têtes de ponts sur le continent tout en fédérant les initiatives britanniques. La mise en place de ce réseau de diffusion de la pensée blairiste et des idées britanniques sur l’Europe est suivie de près par David Milliband, principal conseiller politique de Tony Blair et responsable de la fameuse “Policy Unit” de Downing Street. On peut ainsi voir apparaître en filigrane de cette offensive “politico-intellectuelle” le lien étroit qui existe entre d’une part la réaffirmation globale du rôle de Londres en Europe — le rôle moteur joué par la Grande-Bretagne dans le conflit du Kosovo et dans la KFOR aujourd’hui est un signe supplémentaire de cette volonté d’engagement européen — et d’autre part la volonté de promouvoir le modèle de la “troisième voie” comme nouveau paradigme de la social-démocratie européenne, voire mondiale (16).

Le lancement d’un certain nombre de contacts bilatéraux témoigne également de cette véritable stratégie de “conquête de l’Europe”. On peut y lire la volonté de Tony Blair de s’immiscer dans les différents débats européens en jouant des divisions potentielles ou avérées de ses partenaires. Le texte à caractère économique et social cosigné avec Gerhard Schröder rentre inconstestablement dans cette stratégie de portée générale — le caractère intergouvernemental en même temps qu’inter-parti donné à sa présentation par les deux chefs de gouvernement, qui sont aussi chefs de partis, en témoigne.  Cette opération bilatérale de bout en bout, même si Lionel Jospin a été sollicité pour cosigner un texte qu’il pouvait, de toute évidence, difficilement accepter, s’inscrit dans une suite d’initiatives du même type, concernant des sujets au cœur du débat européen ; ainsi la “déclaration de Saint-Malo” sur la nécessité d’une défense européenne commune à la suite du sommet franco-britannique de décembre 1998 ou encore l’initiative prise conjointement au début de l’année par Tony Blair et José-Maria Aznar sur une “Europe sociale” à vocation libérale. Ce type d’initiative montre également que Tony Blair se sent plus à l’aise dans les relations bilatérales sur des sujets précis (défense avec la France, questions sociales avec l’Espagne et modèle socio-économique avec l’Allemagne  (17)) que dans la conduite des affaires de l’Union comme l’a montré le bilan mitigé de la présidence britannique de l’Union en 1998.

Les partis sociaux-démocrates européens et les gouvernements qu’ils dirigent, soit aujourd’hui onze sur quinze dans l’Union européenne, sont en mesure de saisir l’importance de la stratégie d’ensemble engagée par Tony Blair. Les idées qu’il défend sous le label de la “troisième voie” servent en effet, à ses yeux, de modèle pour l’Europe. C’est le sens profond du manifeste qu’il a signé avec Gerhard Schröder, c’est le cœur de l’action de Tony Blair : un Royaume-Uni plus fort en Europe grâce à la “troisième voie”.

Il s’agit là d’un défi essentiel pour l’avenir immédiat de la social-démocratie européenne. Des choix importants doivent en effet être faits dans les prochaines années — au niveau national et au niveau européen — en matière de “gouvernement des politiques économiques” (18), de reformatage de l’Etat-providence, de réforme des systèmes de retraite ou encore de politique fiscale. Ce sont quelques-uns des sujets sur lesquels le texte anglo-allemand se prononce nettement. Les choix qui seront fait résulteront du rapport de force qui est en train de s’instaurer au sein de la famille sociale-démocrate européenne. Au-delà, ils conditionneront l’originalité, la fiabilité et la force du “modèle européen” et son éventuelle capacité à apparaître comme un modèle alternatif à celui que proposent les Etats-Unis dans le cadre d’une mondialisation qu’ils dominent largement.

Au premier rang des pays et des partis qui peuvent peser sur ces choix, se trouve la France et particulièrement le Parti socialiste, en tant qu’acteur principal de la “majorité plurielle” réunie autour de Lionel Jospin. La réaction au texte Blair-Schröder a permis de marquer une différence de sensibilité politique qui n’est pas qu’une rhétorique destinée à l’apaisement des susceptibilités des partenaires de la “majorité plurielle”. Il y a bien des différences d’approche sur le fond (19), en dépit des politiques menées qui sont pour une grande part convergentes, et d’un but ultime qui reste le même pour tous ; un but résumé par la formule de Lionel Jospin, reprise par Tony Blair et Gerhard Schröder : “oui à l’économie de marché, non à la société de marché”.

Dans la période qui s’ouvre, le travail de précision de la “différence jospinienne” et du “modèle européen” que peut proposer le Parti socialiste français devra donc être approfondi. Tout particulièrement si, comme cela semble être le cas, le PS et le gouvernement de Lionel Jospin ne souhaitent pas que le “modèle européen” se résume, trait pour trait, à celui qui est décrit dans le texte Blair-Schröder. Cet effort de précision implique, notamment, que le Parti socialiste n’abandonne pas des pans entiers du projet de société qu’il entend défendre à ses alliés de la “majorité plurielle” selon un principe de “spécialisation” qui voudrait que le Parti communiste se charge des revendications de justice sociale, les Verts des questions d’environnement et de qualité de la vie, quand ce n’est pas des avancées sur les questions dites “de société”, et le Mouvement des citoyens ou le Parti radical de gauche de la défense des valeurs et des idéaux républicains.

S’il ne fallait retenir qu’une leçon du savoir-faire blairiste, on pourrait se contenter de la capacité étendue dont témoigne le Premier ministre britannique à se saisir de l’ensemble des questions et des débats qui animent la société contemporaine sans exclusive en tentant d’y apporter des réponses tranchées au sein d’une démarche mêlant habilement construction théorique et avancées pratiques.

NOTES

1. Il ne sera question ici que de la “part britannique” du “Manifeste Blair-Schröder”. Pour l’analyse de la “part allemande”, voir la contribution de Jacques-Pierre Gougeon. Pour une étude des différences et des similitudes entre le “manifeste Blair-Schröder” et la politique de Lionel Jospin, voir les contributions de Marisol Touraine et d’Henri Weber.

2. Pierre Moscovici (ministre délégué aux Affaires européennes), “Schröder, Blair et nous”, Libération, 11 juin 1999. Le texte anglo-allemand publié le 8 juin était préparé depuis de nombreux mois par deux équipes réunies, côté britannique, autour de Peter Mandelson, conseiller et ancien ministre de Tony Blair, et côté allemand par Bodo Hombach, ancien ministre du gouvernement Schröder et principal théoricien de l’idée de “Nouveau Centre” (“Neue Mitte”), notamment à travers son ouvrage Aufbruch. Die Politik der Neue Mitte, Econ Verlag, 1998. Si le “manifeste” n’a pas été publié avant, cela semble dû à la guerre au Kosovo d’une part et au fait que Gerhard Schröder n’aurait pu le signer au nom du SPD avant d’en devenir le président (suite au départ d’Oskar Lafontaine).

3. De manière générale, le défaut d’analyse de la “troisième voie” que l’on constate en France, en particulier parmi les responsables politiques, tient avant tout à un désintérêt marqué pour l’ évolution des gauches dans les pays anglo-saxons de manière générale, laissées pour “mortes” politiquement et idéologiquement après l’offensive néo-libérale des années 1980. Ainsi le néo-travaillisme incarné aujourd’hui par Tony Blair est-il perçu, au mieux, comme un “thatchérisme à visage humain” (voir Philippe Marlière, “Le blairisme, un ‘thatchérisme à visage humain’ ?”, Les Temps Modernes, n° 601, octobre-novembre 1998, p.133-151 ). Ce n’est pas le lieu ici de tenter d’expliquer ce “défaut d’analyse”, il convient simplement de noter qu’une meilleure compréhension des enjeux de la “troisième voie” pour la social-démocratie européenne ne peut naître que d’une observation attentive de ce qui se passe aujourd’hui au Royaume-Uni et plus généralement dans les gauches anglo-saxonnes, et non de jugements plus ou moins définitifs rendus a priori.

4. On citera, parmi les plus importants, Anthony Giddens, directeur de la London School of Economics et intellectuel patenté de la “troisième voie”, souvent présenté comme le “gourou” de Tony Blair, Peter Mandelson, inspirateur de la stratégie politique de Tony Blair.

5. Parmi les publications récentes, en français, qui font état de la stratégie offensive de Blair, on signalera l’ouvrage de John Crowley, Sans épines, la rose, La Découverte, 1999 ainsi que le numéro de mars-avril 1999 de la revue Esprit consacré à “l’idée de réforme” et le numéro 1, printemps 1999, de la Revue Socialiste consacré au “socialisme européen” contemporain.

6. On renverra sur ce point aux quelques tentatives d’analyse de la doctrine blairiste d’ores et déjà disponibles en français. Outre l’ouvrage de John Crowley, l’article de Philippe Marlière et les numéros d’Esprit et de la Revue Socialiste précités, on signalera que la traduction de l’ouvrage d’Anthony Giddens, The Third Way. The Renewal of Social Democracy, Polity Press, 1998 et de la brochure de Tony Blair, The Third Way. New Politics for the New Century, Fabian Society, 1998 sera publiée prochainement (mars 2000) en un volume aux Editions du Seuil. On renverra aussi à deux autres articles qui permettent de comprendre le contexte dans lequel est intervenu la “révolution blairiste” : Philippe Marlière, “Le ‘London Consensus’, à propos d’Anthony Giddens et de la ‘Troisième voie’”, Mouvements, n° 3, mars-avril 1999 et Laurent Bouvet, “Tony Blair est-il exportable ?”, Politique étrangère, n° 80, été 1998.

7. Pour comprendre la force de la tradition progressiste libérale britannique dont les tenants militaient au tournant du siècle pour les droits sociaux et un Etat interventionniste notamment, on renverra à l’œuvre d’un de ses plus célèbres représentants : Leonard T. Hobhouse (voir notamment la collection d’essais : Liberalism and other Writings, Cambridge University Press, 1994).

8. Tony Blair déclarait en 1997 lors du congrès du Parti travailliste : “La division des radicaux (c’est-à-dire des progressistes entre libéraux et travaillistes) il y a une centaine d’années a conduit à la domination du Parti conservateur au cours du XXème siècle. Je veux que le XXIème siècle soit celui des radicaux”. Le lecteur curieux pourra se reporter, concernant ce sujet, à l’article de Samuel H. Beer, “The Roots of New Labour. Liberalism rediscovered”, The Economist, 7 février 1998, p. 23-25.

9. Voir l’entretien accordé par Lionel Jospin à la Revue Socialiste, précitée, p. 32-48.

10. T. Blair, The Third Way, New Politics for the New Century, op. cit., p. 1.

11. Pour mieux comprendre la manière dont la “troisième voie” représente une réponse spécifique aux défis politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux contemporains, voir A. Giddens, The Third Way. The Renewal of Social Democracy, op. cit., en particulier le chapitre 2 “Five Dilemmas”, p. 27 sq.

12. Voir sur ce point la manière dont T. Blair défend les “valeurs” fondamentales qui constituent le socle de son credo politique, dans The Third Way, New Politics for the New Century, op. cit., p. 3-4.
Le document de présentation de la campagne précise qu’il s’agit de donner à chaque citoyen britannique les moyens de faire son choix lors du référendum sur l’entrée dans l’euro, en lui présentant les arguments en faveur du “oui” au référendum, particulièrement pour le monde des affaires. Voir “Britain in Europe”, document officiel de la campagne, 1999. On notera d’ailleurs que le lancement de la campagne et le ralliement du Premier ministre ont eu beaucoup plus d’écho dans la presse britannique que la présentation du texte Blair-Schröder.

13. La volonté de promouvoir l’idée d’un leadership européen du Royaume-Uni nécessite de passer des alliances, de tisser des liens avec tout ce que “l’Europe rose” compte de “modernistes”. Le “nouveau centre” de Gerhard Schröder représentant à ce titre le meilleur interlocuteur possible, notamment si on considère la perspective de déstabilisation du “couple franco-allemand”.

14. Outre qu’il s’agissait du thème dominant de la communication autour de la présidence britannique de l’Union  au premier semestre 1998, on citera ici quelques-unes des brochures issues de think tanks blairistes et largement diffusées au Royaume-Uni afin de promouvoir l’idée d’une Grande-Bretagne “phare” de l’Europe : Mark Leonard, Rediscovering Europe, Demos, 1998 ; Charles Grant, Can Britain lead in Europe ?, Centre for European Reform (CER), 1998 ; Lionel Barber, Britain and the New European Agenda, CER, 1998.

15. Qu’il suffise ici de rappeler l’offensive de Tony Blair en février 1998 en faveur de la constitution d’une “Internationale démocrate” qui aurait vocation à remplacer l’Internationale socialiste en s’élargissant à des partis “démocrates” et de centre-gauche, ou encore le colloque de New York durant l’été 1998 qui a réuni autour de Bill Clinton et Tony Blair, Romano Prodi ainsi que les présidents brésilien et bulgare pour “parler” de la mise en place d’une Internationale de la “troisième voie”. Si ces initiatives ont eu peu de succès pour le moment, l’offensive européenne de Tony Blair montre qu’il a compris qu’il fallait commencer par le continent avant de s’attaquer au monde. On peut d’ailleurs, sans beaucoup de risque de se tromper, avancer qu’il saisira la prochaine occasion symbolique pour avancer d’une case supplémentaire. Le Congrès de l’Internationale socialiste de novembre 1999 à Paris pourrait fournir cette occasion.

16. Le rapprochement récent entre les places boursières de Francfort et de Londres témoigne d’un intérêt réciproque de l’Allemagne et du Royaume-Uni dans le développement d’un modèle économique et financier commun dont les caractéristiques sont plus proches du modèle d’économie financière anglo-saxon que des modèles du “capitaliste rhénan” ou de “l’économie sociale de marché” allemands.

17. A ce titre, les résultats du récent sommet de Cologne, en juin 1999, ont montré que l’option moins interventionniste défendue par l’axe Blair-Schröder dominait le rapport de force européen.

18. Voir l’article précité de Pierre Moscovici dans Libération, et l’entretien qu’il a donné au Nouvel Observateur du 24-30 juin 1999, “Moscovici : non à Tony Blair !”.

Cet article a été publié dans les Notes de la Fondation Jean-Jaurès, n°13, août 1999, p. 43-56, sous le titre « Un Royaume-Uni plus fort en Europe grâce à la « troisième voie » ».

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