Les Noirs, pièce manquante et brûlante du puzzle identitaire américain

Le départ de William J. Clinton de la présidence américaine n’a pas été reçu comme une bonne nouvelle par les Noirs américains, malgré la nomination par le nouveau président George W. Bush, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, d’un Noir comme secrétaire d’État : Colin Powell. Bill Clinton est, en effet, apparu tout au long de son mandat comme un « ami » de la minorité noire, comme le président des États-Unis « le plus noir » de l’histoire. Outre son statut de président démocrate, donc traditionnellement proche des minorités, et des Noirs en particulier, Clinton a très tôt été perçu, du simple fait de ses origines sociales (famille pauvre du Sud, mère célibataire) et religieuses (baptiste), comme proche des Noirs et comme susceptible de ressentir leurs difficultés. Il a d’ailleurs dû, pour une bonne part, son élection comme gouverneur de l’Arkansas, puis comme président, à leur appui et à leur mobilisation. Le soutien massif de la minorité noire ne s’est pas démenti tout au long de ses deux mandats présidentiels, notamment au plus fort des « affaires » qui en ont émaillé le déroulement.

Pourtant, au-delà du symbole incarné par Clinton, sa présidence n’a pas été particulièrement favorable aux Noirs. Ainsi, la réforme dite du Workfare de 1996, et la logique des mesures qui l’ont suivi, ont-elle conduit à la réduction des aides et des prestations sociales dont bénéficie, dans une proportion supérieure à l’ensemble de la population américaine, la minorités noire : aides spécifiques aux mères célibataires, bons alimentaires, aides de retour à l’emploi, etc. (1) La présidence Clinton est ainsi restée en retrait des présidences Kennedy et Johnson des années 1960, qui avaient favorisé l’entrée sur la scène politique de la minorité noire tout en développant des programmes sociaux ambitieux dont les Noirs ont été les premiers bénéficiaires. Si les Noirs américains regrettent majoritairement le départ de Clinton, c’est finalement, au-delà des questions symboliques et des affinités politiques traditionnelles, pour la même raison que la majorité des Américains, nonobstant leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse : simplement parce qu’il a été le président de la croissance et de la prospérité retrouvées.

Une minorité raciale et sociale

Aux États-Unis, la minorité noire ne désigne pas simplement une réalité sociologique mais également, et peut-être avant tout, la perception d’une identité commune qui dépasse la multiplicité des situations socio-économiques des Noirs américains. La « race » compte tout autant que la classe lorsque l’on doit s’intéresser à la population noire aux États-Unis.

Les enquêtes annuelles sur la population américaine (Current Population Reports menées par le Bureau américain du recensement) montrent depuis une dizaine d’années que la population noire (environ 13 % de la population américaine soit 35 millions de personnes) se répartit en trois grandes parts dont la distribution ne cesse d’évoluer. Aujourd’hui, plus d’un tiers des familles noires peut être comptabilisé dans les classes moyenne et supérieure selon des standards équivalents à ceux de la population blanche. Un deuxième tiers, en déclin, est représenté par les travailleurs salariés et leurs familles qui se situent au-dessus du seuil de pauvreté (2) mais sans avoir la possibilité de vivre avec aisance : ce sont principalement des ouvriers et des employés de service, souvent non qualifiés. Enfin le troisième tiers, en forte croissance, comprend un ensemble de populations noires exclues : chômeurs (dont une forte proportion de chômeurs de longue durée), mères célibataires vivant de l’aide sociale… populations fortement touchées par la délinquance, concentrées dans les ghettos des centres urbains. Le taux de pauvreté des Noirs était ainsi de 26 % (contre 8 % pour les Blancs non hispaniques en 1998). (3)

Au-delà de cette réalité sociologique brute, les Noirs américains, en tant que minorité, occupent une place centrale dans le débat identitaire américain. Cette position est due à l’incommensurabilité et à l’irréductibilité de leur expérience historique, sociale, économique et politique dans la société américaine. Ils constituent une manière d’idéal-type de la minorité puisqu’ils possèdent, à la fois, la quasi-totalité des caractères par lesquels on peut définir ce terme dans le cadre de la société américaine – poids démographique, condition sociale décalée, histoire particulière, revendications adressées à la majorité, etc. –, et un élément spécifique déterminant qui les rend incomparables à toute autre minorité : la « différence raciale ». On peut donc parler d’une double irréductibilité de la question noire américaine, à la fois interne et externe. (4)

Trois réponses à la question noire

C’est cette double irréductibilité qui conduit à l’absence prolongée de règlement de la question noire, malgré les tentatives esquissées depuis les années 1960 (5). Aujourd’hui, et de manière schématique, trois grandes positions peuvent être isolées quant à l’appréhension de la question noire.

La première position, tant en ce qui concerne son influence dans la société américaine que par la force de sa combativité, face au problème politique posé par les difficultés persistantes d’intégration d’une large part de la minorité noire, est celle des conservateurs. C’est celle qui sous-tend toujours le discours dominant dans le Parti républicain – malgré les efforts du président George W. Bush pour les masquer ou les faire oublier en nommant quelques personnalités noires à de hautes fonctions gouvernementales. Elle consiste en une politique de diminution des mesures égalitaristes volontaristes mises en place dans les années 1960 – c’est la poursuite du fameux « backlash », le retour de bâton des années 1980, c’est-à-dire le démantèlement de la politique sociale et de certaines mesures de discrimination positive –, au nom de leur coût et de leur échec (6). Un coût qui, selon ce raisonnement, grèverait lourdement les finances publiques pour un résultat décevant puisque pauvreté et délinquance. Cette politique de remise en cause des mesures de la « décennie démocrate », outre sa justification budgétaire, repose sur des présupposés à caractère « racial », qui apparaissent nettement dans une série d’ouvrages publiés sur le sujet dans les années 1990 par des penseurs conservateurs très écoutés du Parti républicain (7). Dans l’un, le propos, qui a provoqué un débat intense au moment de la parution de l’ouvrage, est de montrer, tests psychométriques à l’appui, que le QI (quotient intellectuel) des enfants noirs, et donc des Noirs en général, est moins élevé que celui des Blancs et que, pour cette raison, il y a une inégalité fondamentale que la situation économique ne fait que mettre en évidence. Dans l’autre, il est question, d’une part, de la faiblesse structurelle « objective » de la culture noire américaine par rapport à la culture blanche dominante et, d’autre part, de la thèse selon laquelle les Noirs sont responsables de leur condition – en fait que le racisme dont ils accusent les Blancs leur sert de prétexte pour se dédouaner de leurs responsabilités et de leur infériorité culturelle. D’où la nécessité pour les Noirs d’adopter les valeurs et la culture blanches, notamment en matière d’éducation, plutôt que d’en appeler à la différenciation et à la valorisation d’une culture noire spécifique, pour se sortir du « mauvais pas social » dans lequel ils sont tombés depuis leur émancipation ; tout ceci n’étant finalement qu’affaire de volonté et de responsabilité – de self-help. Si l’on passe sur l’entreprise idéologique qui sous-tend le propos général de ces auteurs, on s’aperçoit que les idées qu’ils défendent sont de l’ordre du lieu commun dans la société américaine contemporaine, en fait qu’elles n’apparaissent pas comme étant particulièrement racistes. Elles sont tenues pour de simples constats de la « science sociale ». L’existence d’un « vrai » racisme n’est d’ailleurs pas niée par ces auteurs, mais c’est un phénomène qu’ils considèrent comme étant l’apanage de Sudistes nostalgiques, héritiers du Ku Klux Klan par exemple, ou de groupes extrémistes limités… et bien sûr des Noirs eux-mêmes. Ce type d’argumentation contribue bien évidemment davantage à la radicalisation qu’à l’apaisement des débats identitaires dans la société américaine contemporaine. La radicalisation ayant déjà été portée très loin par les extrémistes des deux camps à travers la promotion de l’idée d’une coupure définitive entre deux « nations » qui n’auraient plus rien en commun, si ce n’est la question des modalités pratiques voire purement techniques de leur cohabitation pacifique (8 ).

La deuxième position identifiable dans le débat sur la question noire américaine n’est ni plus sérieuse ni plus rassurante que celle adoptée par les conservateurs. Il s’agit d’une proposition largement répandue dans la gauche radicale américaine, fondée sur l’exaltation des différences et sur la nécessité de leur renforcement par des politiques « adaptées », notamment au travers de l’attribution de droits propres aux différents groupes minoritaires. Dans cette perspective, chaque entité « culturelle » – de caractère racial, ethnique ou sexuel –, reconnue comme suffisamment homogène, mérite des politiques et des droits spécifiques, la minorité noire servant de modèle à ce type de revendications. La grande différence entre cette proposition – illustrée notamment par la plupart des discours prononcés lors de la Million Man March de 1995 (9)– et la proposition conservatrice, c’est que l’une est minoritaire – elle est à la fois le fait de minorités et politiquement située dans un segment étroit de l’électorat américain… la gauche radicale –, et que l’autre, conservatrice, est en passe de devenir la base d’un nouveau contrat social américain. Celle-ci est donc politiquement plus significative que celle-là, d’autant que la politique sociale de la présidence Clinton a globalement renforcé, malgré le discours plus favorable aux minorités tenu pendant huit ans, l’impression d’un échec des politiques spécifiques mises en place dans les années 1960 et 1970. Sur le fond, les deux propositions sont néanmoins plus proches l’une de l’autre qu’il n’y paraît puisqu’elles conduisent à une société américaine séparée dont certains traits sont déjà largement perceptibles.

Face à ces deux propositions idéologiques lancées l’une contre l’autre, l’idée d’une mise à plat politique raisonnable de la question – la troisième position – est désormais rarement évoquée, y compris dans les différentes disciplines des sciences sociales qui s’y intéressent. Politiquement, modérés de droite et de gauche ont du mal à faire entendre leurs voix et ne semblent pas avoir d’idées neuves en la matière, se contentant bien souvent de défendre le système existant ou de prôner un impossible retour aux valeurs universalistes intégratrices du début des années 1960 (10). L’embellie économique de la décennie 1990 a ainsi davantage masqué que résolu la question noire, même si la structure de la minorité noire s’est modifiée avec une plus large accession au statut de la classe moyenne. Mais l’image du « Noir qui réussit », du role-model pour sa « communauté » reste toujours fortement liée à des activités sociales limitées – le sport, la musique, le cinéma… – et le fameux « dilemme américain » identifié par Gunnar Myrdal dans les années 1940 (11) reste structurellement vrai : malgré l’égalité de droits dont ils jouissent depuis les années 1960, les Noirs restent proportionnellement plus pauvres, moins nombreux à l’université mais plus nombreux en prison que les Blancs et les minorités ethniques américaines. (12)

Parmi les nombreuses causes de la difficulté à suivre une voie moyenne entre les radicalismes identitaires de droite et de gauche, on retiendra celle de la crise du leadership dans la minorité noire. Martin Luther King n’a en effet jamais été réellement remplacé. Aujourd’hui, ni le pasteur Jesse Jackson, représentant « officiel » des Noirs dans le Parti démocrate depuis sa double candidature à l’investiture en 1984 et 1988, et « conseiller religieux » auprès de Bill Clinton pendant le Monicagate, ni Louis Farrakhan, leader de la Nation of Islam héritier de la tradition des chefs radicaux, ni les intellectuels du Centre d’Études Afro-américaines de Harvard regroupés autour de Cornel West et Henri Louis Gates Jr, ni même les grandes figures médiatiques du sport ou de la chanson, tels que Mike Tyson, Michael Jordan ou Michael Jackson, ne sont en mesure de faire passer un message suffisamment puissant et mobilisateur envers leur « communauté ». Car si celle-ci ne ressemble pas encore à la société américaine, elle n’en est pas moins profondément américaine, c’est-à-dire traversée par de multiples courants et aspirations qui s’articulent de plus en plus difficilement à cette spécificité radicale, irréductible et incommensurable que représente l’expérience noire dans l’histoire des États-Unis.

Tiraillés entre le désir profond d’être des Américains comme les autres et la certitude de ne jamais pouvoir l’être totalement, les Noirs restent dans une position à la fois inconfortable et cependant difficilement dépassable. Pourtant, la société américaine continue de « jouer gros » avec cette question raciale irrésolue au cœur même de la définition de son lien social. Au moment où les États-Unis apparaissent comme la seule puissance mondiale, au moment où ils semblent dominer sans partage un monde qui tente de leur ressembler en même temps qu’il leur résiste, les Noirs restent la pièce manquante et brûlante du puzzle identitaire américain, menaçant sans cesse la cohérence de l’édifice tout autant que la tranquillité tant désirée par ses occupants. Ils sont l’œil du cyclone d’une crise toujours possible et toujours crainte sans que finalement rien de bien sérieux ne soit tenté depuis 20 ans. Ils ramènent l’Amérique du XXIe siècle à elle-même, à sa permanence historique et à ses démons tout en convoquant ce qu’elle a de meilleur : l’opposition toujours retravaillée mais toujours là entre la confiance dans une société libre, ouverte à tous et intégratrice, et une réalité sociale et identitaire toujours plus dure pour certains que pour d’autres, et avant tout pour les Noirs.

NOTES

1. Voir notamment Patrick Villeneuve, « La réforme de l’aide sociale de 1996 : le pari de Bill Clinton », Lien social et Politiques – RIAC, n° 36, automne 1996, p. 55-59.
2. Le seuil de pauvreté est calculé sur la base d’un revenu de 16 600 dollars par an pour une famille de quatre personnes en 1998.
3. Le taux de pauvreté, tel qu’il est exprimé ici, représente la part de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté (il était de 13 % pour l’ensemble de la population américaine en 1998).
4. Nathan Glazer rend bien compte du statut exceptionnel de la question noire dans son ouvrage We are all Multiculturalists Now : « Le multiculturalisme est le prix que l’Amérique paie pour son incapacité, ou son manque de volonté, à intégrer dans la société les Africains-Américains de la manière et au même degré qu’elle a incorporé tant de groupes […]. Le rôle des Africains-Américains dans le multiculturalisme est différent de celui des femmes, des homosexuels ou des lesbiennes, des immigrants récents, Hispaniques ou Asiatiques, ou encore des Amérindiens […]. ‘Le dilemme américain’ continue de renvoyer à une seule chose […], les deux nations pour notre Amérique sont la noire et la blanche, et alors que les Hispaniques et les Asiatiques sont de moins en moins différents des Blancs du point de vue de leur lieu de résidence, de leur revenu, de leur emploi et de leurs attitudes politiques, les deux nations deviennent la noire et les autres. », Harvard U.P., 1997, p. 147-149.
5. Concernant les différentes reformulations de la question noire et les tentatives de règlement dont elle a fait l’objet, nous nous permettrons de renvoyer à notre article : « Les Noirs américains et le lien social aux États-Unis : un enjeu identitaire irréductible ? », Lien Social et Politiques – RIAC, n° 39, printemps 1998, p. 87-101.
6. Une des raisons du succès d’un tel discours serait, selon Glenn C. Loury, que les « revendications de renversement de la discrimination (contre la discrimination positive) des hommes blancs ont longtemps été traitées par les libéraux (la gauche américaine) comme une simple contrariété ou comme des expressions réactionnaires de dégoût envers le noble but des ‘droits civils’. Ces ressentiments peuvent désormais être vus pour ce qu’ils sont réellement – des manifestations du coût de la politique américaine de réification de la race. Ignorés pendant un quart de siècle par ceux qui font et administrent nos lois, ce coût a maintenant trouvé son expression dans notre vie politique, avec des effets imprévisibles », in « Individualism before Multiculturalism », Public Interest, Fall 1995, p. 97-98. Le lien entre pauvreté, « race » et délinquance est ainsi établi statistiquement dans de nombreuses enquêtes menées par les auteurs des fondations conservatrices et néolibérales américaines ; voir parmi les nombreux exemples de cette littérature : William Niskanen, « Welfare and the culture of poverty », The Cato Journal, 16, 1, 1996.
7. C’est le cas notamment de deux best-sellers : Richard J. Herrstein et Charles Murray, The Bell Curve : Intelligence and Class Structure in American Life, Free Press, 1994 et Dinesh D’Souza, The End of Racism : Principles for a Multiracial Society, Free Press, 1995.
Un des arguments communs à Herrstein-Murray et D’Souza est que ce n’est pas eux qui ont commencé à parler en termes de « race » et de différence, à valoriser à propos de la question noire (sous-entendu, ce sont les libéraux des droits civils et les activistes des minorités, notamment les Noirs eux-mêmes) Mais, à partir de ce moment-là, ils sont d’accord pour en parler en utilisant tous les éléments statistiques qu’ils jugent nécessaires. Ces auteurs s’appuient ainsi à la fois sur le lot d’échecs inévitables inhérents aux politiques de discrimination positive et de déségrégation, sur la modestie des progrès enregistrés, et sur le discours racialiste des tenants de l’identity politics, pour avancer, notamment, des arguments de nature génétique. Le « piège racial » se referme ainsi sur les libéraux et les radicaux de la gauche américaine qui ont cru que la racialisation ou l’ethnicisation des problèmes sociaux pourraient conduire l’opinion américaine à une attitude favorable à la discrimination positive en jouant, par exemple, sur son sentiment de culpabilité, conformément à la logique enclenchée lors du tournant identitaire des années 1960.
Or ce sentiment s’est peu à peu effacé, notamment dans les années 1980 et 1990, face au coût budgétaire de ces politiques et à leurs résultats finaux jugés décevants. Aujourd’hui, ce sont davantage les conservateurs qui rappellent les discours de Martin Luther King sur l’intégration selon les principes de la color-blindness (le fait de ne pas prendre en compte la couleur de la peau dans les politiques sociales) alors que libéraux et radicaux s’indignent de cet « aveuglement à la couleur » au nom du respect de la différence.
Sur le fond de l’argumentation, il est indispensable de compléter la lecture de tels ouvrages par celle de chercheurs plus sérieux et plus « scientifiques », tel que, par exemple, le collectif du département de sociologie de l’Université de Berkeley (Claude S. Fischer, Michael Hout, Martin Sanchez Jankowski, Samuel R. Lucas, Ann Swidler et Kim Voss) : Inequality by Design. Cracking the Belle Curve Myth, Princeton U.P., 1996, dans lequel les auteurs reprennent les statistiques utilisées par Herrnstein et Murray pour en dénoncer la manipulation. Voir notamment la critique de la « Bell Curve » (courbe en cloche) qui figure le résultat de tests d’intelligence (de QI) à partir d’une enquête de l’armée américaine auprès de 12 000 jeunes (« the Armed Forces Qualifiying Test » (AFQT)) repris par les enquêteurs de la National Longitudinal Survey of Youth de 1980.

8. Voir sur ce thème, notamment, Andrew Hacker, Two Nations : Black, White, Separate, Hostile, Unequal, Scribners & Sons, 1992 ou encore Melvin Oliver et T. Shapiro, Black Wealth, White Wealth, Routledge, 1995.

9. Cette « marche pour la dignité et la prise de conscience de l’homme noir » a été organisée par Louis Farrakhan, le chef de la Nation of Islam, et par les églises chrétiennes noires. Cette manifestation, qui s’est déroulée le 16 octobre 1995 à Washington, a connu un véritable succès puisqu’elle a rassemblé environ 400 000 participants, essentiellement des « hommes noirs », venus de tout le pays pour témoigner de leur volonté de voir les choses changer en matière raciale aux États-Unis. Elle se voulait la répétition de la célèbre marche sur Washington organisée par le Mouvement pour les droits civiques derrière Martin Luther King le 28 août 1963 à l’occasion de laquelle il avait prononcé son célèbre discours « I have a dream ». Le symbole est de poids puisqu’un des thèmes principaux des discours durant la marche de 1995 était de constater que rien n’avait fondamentalement changé dans la société américaine en termes de discrimination raciale. Il est important également de noter que ce sont les églises qui ont assuré le succès matériel de ce rassemblement, démontrant ainsi que les institutions les plus solides qui structurent aujourd’hui la communauté noire américaine sont de caractère religieux.
10. Voir sur ce thème l’ouvrage de Nathan Glazer précité.
11. Gunnar Myrdal, An American Dilemma. The Negro Problem and American Democracy, Harper & Row, 1944.
12. Dans l’abondante production sur ce constat, on signalera deux ouvrages : William Julius Wilson, Les Oubliés de l’Amérique, Desclée de Brouwer, (1987) 1995 et Loïc Wacquant, Les prisons de la misère, Liber-Raisons d’Agir, 1999.

Cet article a été publié dans La Revue internationale et stratégique, Paris, PUF, n°42, été 2001, p. 47-52.

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