Le défi réformiste de la gauche française

3491473465_d81c0b191f_mLe réformisme semble aujourd’hui installé au cœur des interrogations de la gauche française. Non tant que la question réformiste soit nouvelle mais plutôt parce que les circonstances la rendent désormais incontournable. Outre un contexte international et européen bien connu (fin du communisme, mondialisation, mutations réformistes des gauches européennes…), la crise contemporaine de la gauche française, scandée par les deux ébranlements électoraux du 21 avril 2002 et du 29 mai 2005, pose de manière à la fois renouvelée et inédite la question du réformisme. Quel projet la gauche entend-t-elle proposer aux Français pour les années qui viennent – en 2007 bien sûr mais également au-delà ? Est-ce le projet dessiné, en creux, par le « pôle de radicalité » formé autour du « non » à l’occasion du référendum européen ? Ou bien est-ce celui d’une social-démocratie authentiquement réformiste en phase avec ses homologues européens ? Ce choix, stratégique, devant être fait sous la lourde contrainte d’un système électoral, celui du scrutin majoritaire à deux tours, qui n’autorise pas la division de la gauche si elle veut gagner.

La fausse piste du « réformisme de fait »

Pourtant, lorsque l’on écoute les déclarations des principaux dirigeants de la gauche française et, surtout, si l’on tente de décrypter le sens du vote des électeurs de gauche lors des derniers scrutins, on ne peut qu’être frappé par deux attitudes révélatrices vis-à-vis du réformisme. Soit qu’il suscite un rejet immédiat, assimilé au social-libéralisme voire au libéralisme tout court. Soit qu’il évoque une sorte d’évidence sur laquelle il n’y a (surtout) pas à revenir. Bref qu’il en va du réformisme pour les socialistes comme de la prose pour M. Jourdain, ils en font sans le savoir… Or ce ne sont pas ici les critiques en forme d’excommunication issues d’une gauche radicale après tout dans son rôle qui sont surprenantes mais davantage les timidités, les incohérences et les mécompréhensions de dirigeants et militants socialistes quant au réformisme. Car assumer d’être pleinement et authentiquement réformiste ne va pas sans un certain nombre de conséquences. Le réformisme ne saurait en aucun cas n’être qu’un « réformisme de fait » puisé mécaniquement dans l’histoire socialiste ou déterminé automatiquement à partir de l’expérience gouvernementale depuis 1981. Car dans les deux cas, cela conduit à la conclusion qu’il n’est plus nécessaire de se poser la question (1). Dit autrement, cela signifie que le Parti socialiste n’aurait pas besoin de faire son Bad-Godesberg, à l’image de son homologue allemand qui renonça officiellement au marxisme et à toutes ses conséquences en 1959 – puisque confronté sur une longue période (1981-1986, 1988-1993 puis 1997-2002) aux réalités gouvernementales, il aurait effectué une sorte de Bad-Godesberg « rampant » selon la formule consacrée.

Malheureusement, cette lecture a minima du réformisme présente plusieurs défauts. Le premier est la confusion qu’elle induit entre « réformistes » et « réformateurs ». Ceux-ci mettent en œuvre des réformes (par exemple des transformations législatives qui conduisent à des créations, des suppressions ou des inflexions de politiques publiques) qui peuvent être inspirées par des logiques de gauche ou de droite, selon le cas. Et dans ce sens, le PS est un parti réformateur lorsqu’il est présent au gouvernement, au même titre que les partis de droite – le terme « réformateurs » a d’ailleurs été plus souvent utilisé par la droite (2). Mais être « réformateur » ne dit rien sur le sens des réformes que l’on entreprend et encore moins sur le réformisme. Les adversaires du réformisme s’en sont d’ailleurs aperçus puisqu’ils s’appuient sur cette ambiguïté sémantique pour incriminer toute réforme de gauche ou de droite comme émanant d’une même logique réformatrice, c’est-à-dire opposée à celle de la rupture, donc de gauche. Si bien d’ailleurs que, suivant cette logique, toute idée de réforme est condamnée en tant que telle avant que son contenu soit étudié.

Le second défaut de cette lecture minimaliste du réformisme est qu’elle ne laisse à aucun moment apparaître que le réformisme appartient pleinement à l’histoire et à la tradition de la gauche – à travers lesquelles il a constitué un enjeu de débat. Les réformistes sont en effet partie prenante des débats qui animent la gauche depuis son émergence au XIXe siècle – ils ont toujours existé en tant que force doctrinale et politique, tant avant que pendant la domination marxiste sur la gauche (3). Opposés à l’idée d’une révolution violente qui ferait du passé table rase, ils ont toujours préféré « réformer » la société en modifiant en son sein rapports de forces et normes sociales afin de rendre effectif leur programme politique – programme le plus souvent commun quant à ses objectifs avec celui des tenants de la ligne révolutionnaire : égalité, propriété sociale, garanties pour les travailleurs… Cette divergence de méthode ayant été, malgré la convergence des objectifs finaux, un des premiers éléments de division du mouvement ouvrier. Peu à peu les différences se sont accentuées. D’abord sous la pression de l’évolution des conditions socio-économiques elles-mêmes, notamment des sociétés capitalistes industrialisées (4), puis au XXe siècle, en raison de l’avènement de sociétés communistes issues précisément de la révolution et dont le bilan humain, politique et économique a été désastreux.

La lecture minimaliste du réformisme proposée par les socialistes français a le double désavantage de les placer nettement en retrait de leurs homologues européens (britanniques certes mais surtout allemands, scandinaves, néerlandais…) et en porte-à-faux vis-à-vis de leurs éventuels partenaires de gauche – tant que le PS n’est pas au clair doctrinalement avec lui-même, il aura bien du mal à faire jouer le rapport de force en sa faveur dans la construction des indispensables alliances pour espérer gagner les élections. Si bien que les socialistes français sont pris, en raison même de cette ambiguïté fondamentale dans l’énoncé de leur réformisme, dans un étau dont une des mâchoires serait l’invitation sous forme de menace, traditionnelle (« sociaux-traîtres »…), de la gauche radicale à mettre en œuvre des stratégies de rupture (avec le capitalisme, avec l’économie de marché, avec les droits individuels…), et l’autre, celle de la réalité de l’exercice du pouvoir d’Etat en démocratie dans une économie ouverte, capitaliste et marchande, et dans une société individualisée. Bref, se dire « évidemment » et « tous » réformistes pour assurer immédiatement que ce n’est que « de fait », et qu’il n’y a donc aucun besoin d’aller plus loin dans la compréhension de ce que cela implique, apparaît comme un calcul hasardeux.

L’aversion de la gauche française pour le réformisme

Il est donc indispensable, une fois constatée l’impasse dans laquelle se trouvent les socialistes français, de s’interroger sur les causes de la réticence à assumer un réformisme clair, réfléchi et susceptible d’entraîner derrière lui des électeurs de gauche. Des électeurs qui semblent, à la lecture des résultats électoraux récents et des enquêtes d’opinion, bien davantage déboussolés par les ambiguïtés actuelles que convaincus par les discours radicaux.

On peut semble-t-il dégager trois grandes explications, complémentaires, à cette bizarrerie française qu’est l’aversion pour le réformisme. La première est de nature historique. On la résumera ainsi : l’esprit de révolution l’a emporté sur l’esprit de réforme depuis la Révolution française. La gauche en France est, comme l’a notamment souligné François Furet (5), doublement révolutionnaire puisque à la Révolution industrielle, creuset du mouvement ouvrier, s’ajoute l’héritage de la Révolution française, pendant laquelle s’est forgée la distinction même entre droite et gauche. Cette double allégeance révolutionnaire, transformée en un véritable « catéchisme » selon l’expression de Furet, se retrouve dans les grands moments qui ont scandé l’histoire de la gauche française au XIXe et au XXe siècle siècles, de 1830 à 1981, en passant par 1848, 1871, 1936, 1945 et 1968. Les grandes dates du mouvement ouvrier français, et sans doute aussi une grande partie de ses acquis, sont en effet celles des à-coups révolutionnaires. Marx lui-même a su traduire cet héritage révolutionnaire français dans la synthèse qu’il en a fait avec la philosophie de l’histoire allemande et les outils de l’économie politique anglo-écossaise. En France, la traduction la plus aboutie de cet héritage, de ce qui apparaît comme une « passion » selon l’expression de Marc Lazar, a été incarnée tout au long du XXe siècle par le communisme national (6). C’est par le Parti communiste qu’a été défini, à partir de sa création en 1920 et plus encore après 1945, ce qu’était la « vraie gauche », tout particulièrement contre les « sociaux-traîtres » de la SFIO qui acceptaient, eux, de gouverner. Face à cette hégémonie doctrinale, et aux procès idéologiques qui l’ont accompagnée, l’esprit de réforme s’est souvent réfugié, si l’on peut dire, dans les bras accueillants du républicanisme sous ses différentes formes, de celui des radicaux de la IIIe République aux gaullistes sociaux des débuts de la Ve République, en s’incarnant, tout de même, dans l’action de responsables politiques de gauche, socialistes ou non, dont Pierre Mendès-France, notamment, reste un exemple incontournable.

Mais il est nécessaire de regarder au-delà de ces quelques rappels historiques pour tenter de dégager une deuxième explication, de nature à la fois philosophique et psychologique, à la réticence de la gauche française au réformisme, là où l’esprit de radicalité l’emporte sur l’esprit de réforme. A partir de la matrice historique que l’on vient de rappeler, des habitudes de pensée, voire des « habitudes du cœur » pour reprendre l’expression de Tocqueville, se sont créées. Et même si la réalité économique, sociale, politique… sur laquelle elles s’appuyaient a disparu ou s’est profondément modifiée, elles sont restées. Ainsi, par exemple, nombre de socialistes ont-ils bien du mal à dénoncer la mauvaise foi, les errements idéologiques, les failles argumentatives ou les graves incohérences doctrinales des discours de la gauche radicale, le plus souvent au nom d’une appartenance à une famille commune, celle de la gauche. On s’étonne ainsi d’entendre, de la part de dirigeants socialistes, des phrases qui apparaissent comme des concessions à ce qui serait la véritable pensée de gauche – au prix parfois de graves problèmes avec la vérité…(7). Ce type d’attitude finit par valider le perpétuel procès en trahison des idéaux adressé par la gauche radicale à la gauche de gouvernement dans son ensemble et aux réformistes en particulier. Cette « posture de l’excuse » ne se justifie pourtant par aucun élément tangible : ni l’histoire, ni la situation économique et sociale, ni les résultats électoraux… ne légitiment une telle attitude. Elle reste essentiellement un exercice symbolique dont le sens général échappe à tout le monde et dont le résultat est souvent contraire à l’effet recherché – comme en témoigne l’exemple des rapports récents entre le PS et le « mouvement social » où celui-ci n’excuse jamais le PS de rien malgré les efforts réitérés de ce dernier pour se faire « bien voir » de ses prétendus « alliés » (8).

Une troisième explication, de nature sociologique cette fois, peut également être avancée. On dirait ici que c’est l’esprit de conservation qui l’emporte sur l’esprit de réforme. Dit ainsi, cette explication du défaut de réformisme dans la gauche française peut paraître étrange, surtout si l’on se reporte aux deux explications précédentes. Et c’est, malheureusement, dans la convergence et la congruence entre esprit de révolution, esprit de radicalité et esprit de conservation que se joue le drame de la gauche française contemporaine. Une des plaies du système politique français tient à la faiblesse de la base militante des partis. C’est plus préoccupant encore pour la gauche dans la mesure où elle prétend représenter d’abord les catégories sociales les plus nombreuses (ouvriers, employés…). D’autant que cette faiblesse numérique se double d’une faiblesse de la représentation de ces catégories au sein des partis de gauche (ainsi au PS, sur un peu plus de 100 000 adhérents, les employés et les ouvriers ne représentent-ils que 14% de l’effectif selon des chiffres de 1998 (9) ). D’autres biais de représentation (proportion faible ou très faible de femmes, de jeunes, d’actifs du secteur privé…) viennent encore durcir le problème. Enfin, le poids relatif des élus sur un effectif aussi étroit est exorbitant et durable puisqu’il est directement lié à une structure politico-administrative qui, entre les différents échelons de collectivités publiques, multiplie les occasions d’être candidat à une élection et élu – poids encore renforcé par le cumul des mandats en nombre et dans la durée. Cet ensemble de failles dans sa capacité de représentation de la société, combiné à la fois à un lien distant aux syndicats et à un noyau électoral réduit, confère au PS une fragilité sociologique que l’on ne retrouve pas chez ses homologues européens – et le rend très fragile par rapport aux réalignements politiques possibles dans une société française en mutation profonde (10). Cela ne facilite pas non plus sa capacité à évoluer doctrinalement, à dépasser la défense d’intérêts corporatistes (notamment ceux de la fonction publique et plus généralement des emplois à statut) ou à prendre des risques dans sa gestion des affaires publiques. On voit ainsi se dessiner le tableau d’un PS qui n’est en situation ni de se réformer ni même de devenir réformiste…

La conjugaison de ces trois explications donne un aperçu du problème de gouvernance posé à la gauche française, et avant tout à son principal pilier, le PS, seule force politique à même de porter un authentique réformisme. Or le PS apparaît coincé entre, d’un côté, un discours de rupture qui tourne désormais à vide : en raison précisément de l’impossibilité de rompre avec quoi que ce soit dans un monde où nous ne sommes pas seuls à décider et, de l’autre, une volonté solidement ancrée dans sa base sociologique de ne rien changer, ce qui apparaît comme tout aussi impossible compte tenu cette fois de l’ampleur des difficultés économiques et sociales du pays.

La voie réformiste

Jusqu’ici, face à la double pression d’un projet politique non clarifié toujours soumis à un idéal de rupture et d’une sociologie de plus en plus conservatrice, la stratégie adoptée a été celle de la fuite en avant électorale : le retour au pouvoir étant considéré comme inévitable après une législature de droite dans la mesure où l’alternance des majorités est devenue automatique à chaque élection législative depuis 1981… La faiblesse politique et le caractère aléatoire d’une telle stratégie sont évidents, car ce qui est promis dans l’opposition est rarement tenu une fois aux affaires, et, symétriquement, ce qui est possible une fois élu est difficile à réaliser compte tenu des promesses faites dans l’opposition.

La question posée est donc celle du rapport complexe entre la doctrine (c’est-à-dire le contenu du projet), la composition sociologique de l’électorat susceptible de l’appuyer et la stratégie d’alliance pour gagner les élections. Or, la démarche actuelle, qui consiste à bricoler à la va-vite, avant les grandes échéances électorales, un projet plus ou moins adapté à un noyau dur électoral réduit aux salariés à statut de la classe moyenne pour ensuite tenter de négocier avec d’éventuels partenaires de gauche, est condamnée – comme l’a amplement démontré l’échec de la « gauche plurielle » en 2002. Une nouvelle approche de l’élaboration doctrinale est donc nécessaire au PS qui corresponde aux exigences d’une société lassée par les promesses non tenues et les fausses pistes démagogiques.

Deux voies sont possibles qui permettraient d’apporter des réponses à la question stratégique posée à la gauche française pour les années qui viennent. La première qui semble devoir être privilégiée, si l’on s’en tient aux résultats électoraux récents, est celle du gauchissement. Sur la base du vote « non » lors du référendum du 29 mai, par exemple, le PS pourrait adopter des propositions doctrinales et programmatiques élaborées en grande partie en dehors de lui-même – en fait par les différentes composantes de la gauche radicale, mouvementiste et néocommuniste, relayée au sein du PS par les courants et personnalités qui ont fait campagne à leur côté. Ce projet correspond à une lecture sociologique conduisant à une cristallisation gauche/droite opposant une gauche représentante de la France des statuts (fonction publique, emplois parapublics, travailleurs des secteurs non concurrentiels…) contre une droite proclamant en retour son monopole de la France des compétences (salariat privé, travailleurs indépendants, petits entrepreneurs…) (11). Cette lecture correspondant d’ailleurs aussi trait pour trait à ce que certains des responsables de la droite française essaient de promouvoir depuis quelques années afin de s’attirer le vote d’une large partie des classes moyennes sur des thèmes tels que l’effort et le mérite en lien avec le travail.

L’autre voie possible est précisément celle de l’adoption par le PS d’une orientation réformiste pleinement assumée, ancrée dans le cadre d’une social-démocratie européenne. Ceci sur la base d’un projet élaboré en son sein à partir duquel le PS, confiant dans son expérience de parti de gouvernement et conscient de son rôle de leader de la gauche française, pourrait aller discuter avec d’éventuels partenaires à gauche pour bâtir un programme de gouvernement – ainsi ceux qui refuseraient cette discussion porteraient-ils directement la responsabilité de l’échec si c’était le cas. Cette démarche permettant à la fois de proposer aux électeurs un contrat clair et précis, et suffisamment inclusif, pour élargir la base électorale socialiste à des secteurs nouveaux que ce soit au sein des populations exclues, des classes populaires ou des classes moyennes – ce qui permettrait d’envisager d’atteindre durablement plus de 30% de suffrages lors du premier tour des élections nationales.

La prochaine échéance électorale, en 2007, sera le moment privilégié de ce choix entre les voies radicale et réformiste. Suivre la première pourrait conduire à une forme de « scénario à la britannique », à la manière de ce qui s’est passé pour le Labour au début des années 1980 lorsque la gauche du parti en a pris le contrôle et l’a précipité pour quinze ans dans l’opposition. Car même si l’époque, les circonstances et les conditions politiques ne sont pas comparables, la logique implacable d’une surenchère gauchisante conduit immanquablement, dans un système démocratique, à l’échec. La rupture n’étant ni possible ni réellement souhaitée par ceux qui la défendent – la gauche radicale ne pouvant convaincre l’électorat ni sur le réalisme de son programme ni sur la véracité de son discours –, cette perspective ne peut être que massivement rejetée par le peuple. Ce qui tout aussi immanquablement laisse le pouvoir dans les mains de l’autre camp, celles d’une droite qui n’en demande pas tant pour s’en emparer. Au moins cet exercice en grandeur réelle d’une gauche radicale aux commandes électorales aurait-il le mérite d’en lever l’hypothèque pour l’avenir, et ainsi de sortir du vieil antagonisme qui pollue le rapport de la gauche française à la fois au réalisme et à l’éthique de conviction depuis plus d’un siècle. Mais ce serait cher payer, alors même que la voie réformiste, grande ouverte pour la première fois depuis bien longtemps, permettrait non seulement d’en finir avec de vaines illusions en modifiant les coordonnées de la culture politique nationale et surtout de proposer à la société française les voies et moyens pour sortir de la crise profonde qu’elle traverse.

NOTES

1.  Ainsi, par exemple, Laurent Fabius déclarait-il au Monde le 21 mai dernier à propos du débat entre réformisme et radicalité : « Ce débat a été tranché depuis longtemps : nous sommes réformistes. » Son lieutenant Henri Weber ajoutait en août 2005 dans une déclaration au Nouvel Observateur que le clivage entre « ‘pseudos-marxistes protestataires’ et ‘authentiques réformistes’ (avancé par Michel Rocard dans un entretien avec le même journal quelques jours plus tôt) ne relève même pas de la caricature, mais de la fantasmagorie (…) Nous sommes tous réformistes au sein du PS ».
2.  Ainsi l’appellation « Réformateurs » désigne-t-elle aujourd’hui un des courants de l’UMP regroupant des élus libéraux.
3.  On renverra sur ce point aux travaux de Monique Canto-Sperber, Les Règles de la liberté, Paris, Plon, 2003, (et avec Nadia Urbinati) Le Socialisme libéral. Une anthologie : Europe-Etats-Unis, Paris, Editions Esprit, 2003.
4.  On trouve dans les thèses dites « révisionnistes » défendues par Eduard Bernstein dans Les présupposés du socialisme et les tâches de la social-démocratie publié en 1899 (tr. fr., Paris, Seuil, 1974) un bon exemple de la pensée réformiste opposée à l’orthodoxie marxiste à la suite des transformations de l’économie et de la société dans la seconde partie du XIXe siècle.
5. Voir notamment son avant-propos, « L’intelligence du politique », au recueil de ses articles publiés dans la revue Le Débat sur la Révolution (La Révolution en débat, Paris, Gallimard, Folio-Histoire, 1999).
6. Marc Lazar, Le communisme. Une passion française, Paris, Perrin 2002.
7. A titre d’exemple, on signalera cette étrange phrase prononcée par François Hollande en mai 2004 devant des élus et responsables socialistes réunis pour le lancement de la campagne européenne : « Le libéralisme est contradictoire avec l’esprit européen lui-même. »
8. De « démontage » de stand du PS au Larzac en lancer de boules de neige sur ses responsables favorables au oui venus manifester à Guéret, les exemples récents ne manquent pas où les socialistes se ridiculisent à bon compte sans gagner un électeur de plus à leur cause.
9. La dernière enquête significative sur la composition sociologique du PS date de 1998 (Voir Henri Rey et Françoise Subileau, Le Parti socialiste en 1998, Cahiers du CEVIPOF n°23, mai 1999).
10. Sur ce sujet, on renverra à l’ouvrage indispensable de Pierre Martin, Comprendre les évolutions électorales, Paris, Presses de Sciences Po, 2000.
11. La dichotomie utilisée ici entre « France des statuts » et « France des compétences » ne l’est que comme une représentation du résultat malheureux du jeu politique auquel se livre les partis politiques depuis près de vingt ans, laissant sciemment de côté une « autre France » si l’on peut dire, celle qui n’a ni compétence ni statut, et qui ne représente plus un enjeu électoral puisque ceux qui la constituent ne votent pas. La rhétorique des « deux France » de Laurent Fabius comme celle de la « France d’en haut et de la France d’en bas » de Jean-Pierre Raffarin fournissant deux exemples, parmi beaucoup d’autres, de cette terrible simplification des enjeux qui manquant singulièrement de subtilité manque aussi une partie de la société à laquelle elle prétend pourtant s’adresser.

Cet article a été publié dans la revue RAISON PUBLIQUE, n°4, mai 2006, p. 29-36.

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