Etats-Unis 2008 – John Edwards, le retour ?

John Edwards fait partie des quelques responsables politiques démocrates « présidentiables » dans la perspective de l’élection de 2008 (avec Hillary Clinton, Mark Warner, Russ Feingold, Joe Biden, Al Gore, John Kerry, Howard Dean…) – même s’il n’y a pour le moment aucun candidat officiel aux primaires démocrates.

Edwards apparaît depuis quelques semaines (1er dans une enquête du The Des Moines Register en juillet battant Hillary Clinton de 4 points comme meilleur présidentiable démocrate) comme le candidat le plus sérieux qui puisse se présenter contre Hillary Clinton aux primaires. Même si ce type de candidature avant la lettre est à prendre avec beaucoup de prudence dans la mesure où les « meilleurs candidats » contre Hillary Clinton apparaissent régulièrement sur le devant de la scène démocrate et médiatique (tour à tour, Russ Feingold, le sénateur du Wisconsin et Mark Warner, l’ancien gouverneur de Virginie ont joué ce rôle, sans parler de l’opposant n°1 à Hillary Clinton au sein du Parti démocrate, Howard Dean, le président du Democratic National Committee, DNC).

1/ Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer ce retour sur le devant de la scène du candidat à la vice-présidence de 2004, alors qu’il n’est plus élu (son mandat de sénateur s’est terminé en 2004). Il est aujourd’hui directeur du Center on Poverty, Work and Opportunity de l’université de Caroline du nord, à Chapel Hill.

– Une stratégie de contournement des médias nationaux par une campagne active sur le terrain (auprès des grands syndicats, soutenant les candidats démocrates aux élections de mi-mandat de novembre à travers le pays…) qui lui permet de ne pas se faire oublier.

– Une modification « en douceur » de sa position sur la Guerre d’Irak qui le rapproche de la base démocrate : il était pour à l’origine (il a voté pour la guerre) et se déclare maintenant contre. Son discours a même reçu une ovation à la conférence annuelle « Take Back America » organisée par le mouvement Campaign for America’s Future – aile liberal du Parti démocrate. Il est également apparu en seconde position (après Russ Feingold dans un « sondage » organisé par le blog DailyKos, premier blog politique aux Etats-Unis et très engagé à la gauche du Parti démocrate, auprès de ses participants, appelés les « Kossacks »).

– Des chances encore accrues si le calendrier des primaires est modifié par le Parti démocrate : l’Iowa et le New Hampshire ne seraient plus les seuls états à voter avant tous les autres en début d’année, le Nevada et la Caroline du Sud seraient intercalés parmi les premières primaires (les quatre élections auraient lieu en 15 jours). Cette demande des états du sud, si elle est acceptée par le DNC, pourrait favoriser fortement un candidat du sud tel qu’Edwards en le faisant potentiellement apparaître comme le front-runner très tôt dans le calendrier des primaires – et donc en lui donnant un avantage pour la suite (levée de fonds, couverture médiatique…).

2/ Au-delà de ces raisons conjoncturelles, John Edwards témoigne, notamment depuis la campagne de 2004, de réelles qualités dans la course à l’investiture.

– Son origine sociale et géographique. Edwards est un sudiste (né en 1953 à Seneca en Caroline du Sud) issu d’un milieu modeste (son père était ouvrier dans le textile). Il a été élevé, a fait ses études (droit) et toute sa carrière (avocat) en Caroline du Nord – dont il a été sénateur au Congrès fédéral de 1998 à 2004. Il a fait fortune comme avocat de victimes de dommages corporels en réclamant de gros dommages et intérêts (l’affaire qui l’a rendu célèbre est celle d’une fillette de 9 ans qui a reçu 25 millions de dollars après avoir été blessée dans une piscine défectueuse…). Il a décidé de changer de carrière et de s’engager en politique après la mort accidentelle de son premier fils en 1996. Il a été élu en 1998, contre le sénateur sortant, l’ultraconservateur Lauch Faircloth, en mettant en avant son origine de « petit blanc » ayant réussi dans la défense des victimes – démontrant d’ailleurs ainsi qu’il y a encore de la place, électoralement, pour les Démocrates dans le sud des Etats-Unis.

– Sa notoriété et son expérience. Lors de la campagne pour les primaires démocrates de 2004, Edwards faisait figure de « nouveau » sans expérience. Le fait d’avoir été choisi par John Kerry comme candidat à la vice-présidence lui a donné une notoriété nationale (dont peu de ses concurrents potentiels pour 2008 disposent). Cette expérience de candidat à la vice-présidence, son expérience de sénateur (au Select Committee on Intelligence notamment), ses prises de position officielles : il a voté pour la Guerre d’Irak et pour le Patriot Act, il est à la fois en faveur de la peine de mort et de l’avortement, il défend des idées démocrates classiques sur les questions sociales (contre la privatisation des retraites), scolaires (plus d’enseignants pour les écoles publiques) et environnementales (couper les crédits de R&D des entreprises pétrolières) par exemple, mais il soutient les baisses d’impôts pour la classe moyenne et l’investissement des entreprises… lui donnent un positionnement à la fois « classique » aux yeux de la base démocrate et lui assurent une certaine audience chez les électeurs du « centre » (ceux qui ne sont pas encore décidés). Il apparaît ainsi comme « éligible » au niveau national et capable de lever les fonds nécessaires pour la campagne (il l’a déjà prouvé en 2004).

– Son « populisme enthousiaste ». Edwards est apparu en 2004 lors de la campagne des primaires démocrates comme l’héritier des Démocrates populistes issus du sud – dont le dernier en date était Bill Clinton. Message positif et entraînant (la réconciliation des « deux Amériques » qu’il reprend depuis sur son site internet « One America for all of us »), chaleur humaine et sourire photogénique (il a été souvent qualifié de « nouveau Kennedy » par les médias), refus d’attaquer ses concurrents démocrates lors des primaires… Il est perçu comme séduisant politiquement tout en apparaissant comme un homme jeune et nouveau dans la paysage (il n’est pas un insider washingtonien, cynique et rompu aux manœuvres d’appareil).

– Son équation « positive ». Ces qualités lui valent d’avoir peu d’ennemis et beaucoup d’amis (au Parti démocrate, dans la presse, dans les syndicats, dans les associations…), au contraire de ses concurrents potentiels pour 2008 (Hillary Clinton a à la fois beaucoup d’amis et beaucoup d’ennemis, Mark Warner a à la fois peu d’amis et peu d’ennemis…). Edwards apparaît dès lors comme susceptible de rallier les différentes parties du « puzzle » démocrate (syndicats, minorités, « petits blancs », élite liberal, blogosphère…) pour passer l’étape des primaires sans effrayer les électeurs indécis pour l’élection présidentielle contre le candidat républicain. Ce qui en fait un candidat sérieux à la candidature en 2008.

Etats-Unis

Laurent Bouvet View All →

Professeur de théorie et d'histoire des idées politiques à l'Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines.

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