Une présidence à hauts risques

img_0046_21On peut craindre que l’enthousiasme qui a porté Obama jusqu’à la victoire retombe aussi vite qu’il s’est cristallisé et que les espoirs nés de cette campagne exceptionnelle soient rapidement déçus. Pour trois raisons essentiellement. La première tient à la nature même du discours d’Obama. Il a en effet construit sa candidature et son succès sur l’idée que les Américains, s’ils dépassent leurs divisions et les clivages qui traversent leur société, seront plus forts et, de là, pourront mieux résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. Cette rhétorique de l’unité était nécessaire et a été particulièrement bien reçue après la présidence Bush dont le principe même était la mise en exergue des clivages de la société américaine, notamment à partir d’une vision idéologisée du bien et du mal. Mais elle a un défaut : celui de masquer les rapports de force et les divergences d’intérêt dans la société. Or Obama ne pourra satisfaire tout le monde en même temps et il devra choisir ses priorités, notamment sociales, ce qu’il n’a pas nécessairement pu ou su faire pendant la campagne.

Et ce, surtout s’il n’a pas les moyens de sa politique. C’est la deuxième raison qui pourrait rapidement doucher les espérances soulevées par la victoire d’Obama. Comment en effet pourra-t-il trouver les ressources pour financer ne serait-ce que sa politique sociale (sauvetage des retraites,  extension de l’assurance-maladie, amélioration des écoles publiques…) alors que le déficit budgétaire avoisinera les 1000 milliards de dollars cette année ? De même le coût conjugué des interventions militaires dans le monde, du plan Paulson et des baisses massives d’impôt ces dernières années rend-t-il particulièrement difficile tout investissement nouveau. Ou alors au risque d’accroissement supplémentaire de la dépendance financière des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine ou des pays du Golfe persique.

La troisième source d’inquiétude pourrait bien venir du camp démocrate lui-même. Obama va devoir s’accommoder d’un Congrès « très » démocrate, ce qui n’est, paradoxalement, sans doute pas la meilleure situation pour le président. En effet, l’histoire a montré que la concordance politique de la Présidence et du Congrès, surtout lorsque les Démocrates dominent largement les deux chambres, conduisait souvent à une forme de surenchère, budgétaire notamment, au nom d’intérêts partisans. Et de là au risque de défaite à court terme comme l’ont montré les deux derniers exemples de Jimmy Carter en 1980 (victoire de Ronald Reagan) et de Bill Clinton en 1994 (victoire des Républicains ultraconservateurs de Newt Gingrich au Congrès). Obama pourrait ainsi se retrouver prisonnier de sa majorité, et ne pas pouvoir résister aux groupes de pression qui l’ont soutenu et à ses « amis » démocrates. On notera d’ailleurs, qu’il n’a jamais été, au cours de sa brève carrière politique que ce soit à Chicago ou à Washington, très porté sur la confrontation avec son parti et ses barons.

La présidence Obama commence dans l’euphorie d’une victoire historique. Mais elle débute aussi en des temps difficiles et incertains. Or on ne sait jamais ce que sera une présidence américaine quelles que soient les qualités du nouvel élu. Un seul exemple : en 2000, quand le falot George W. Bush a été élu dans les conditions controversées que l’on sait, les Etats-Unis étaient respectés et en paix avec le monde, et le débat crucial du moment portait sur la meilleure utilisation possible de l’énorme excédent budgétaire accumulé pendant les années Clinton.

Article publié dans le quotidien Libération, 6 novembre 2008.

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