Bertrand Delanoë: la fidélité avant l’audace

photo_1210100911581-1-0_3On ne sait pas encore qui, au Parti socialiste, a « gagné » le congrès de Reims, si tant est qu’un gagnant surgisse de ce chaos. Mais on sait d’ores et déjà qui l’a perdu. Etonnant perdant que Bertrand Delanoë tant il avait réussi, ces dernières années, à élaborer un cocktail aussi rare que précieux en politique en faisant rimer fidélité et audace. Il était ainsi apparu comme un homme neuf sur la scène socialiste – et dans les sondages d’opinion – tout en étant considéré par son parti comme un véritable militant de longue date. Or dans ce congrès du PS, pour son malheur, il a été fidèle à tout sauf à son audace. En perdant la bataille de Reims, il a montré ses faiblesses à ses adversaires et aux Français.

Pourtant Bertrand Delanoë n’avait pas manqué d’audace jusqu’ici, par exemple celle qu’il affichait dans son livre au titre éponyme au printemps. Il n’avait pas peur alors d’annoncer qu’il était à la fois « libéral et socialiste », renonçant ainsi aux facilités de la rhétorique socialiste, celle où le libéralisme n’est acceptable qu’à condition d’être politique. Il nous proposait en effet une vision réfléchie et articulée des rapports entre un socialisme fidèle à son exigence d’égalité – par le truchement de l’impôt et de la puissance publique notamment – et un libéralisme synonyme d’émancipation individuelle et de lutte contre les rentes de tout poil. Bref, il s’avançait comme un leader socialiste bien dans son siècle, prêt à perdre quelques soutiens chez les doxosophes de la rue de Solferino pour en gagner de nouveaux, bien plus nombreux, auprès des sociaux-réformistes.

Mais il a sacrifié cette audace à la fidélité. Celle-ci est certes une vertu lorsqu’il s’agit, par exemple, de considérer la politique comme une affaire de raison plutôt que de passion, à rebours de ce qu’incarne Ségolène Royal aux yeux de Bertrand Delanoë. En revanche, c’est assurément un défaut lorsqu’elle conduit à laisser des amitiés de trente ans (celle de la fameuse « bande du XVIIIe » par exemple) prendre le pas sur ses intérêts politiques. Ainsi, laisser Lionel Jospin et ses grognards jouer un énième match retour contre « l’usurpatrice » était-il une erreur. De même que s’allier avec un François Hollande totalement démonétisé ou se laisser enfermer dans le rôle de gardien d’un temple de Solferino en ruines. Erreur encore que de refuser une compétition libre et ouverte dans le cadre de primaires pour la désignation du futur candidat à l’élection présidentielle ou de faire du refus de l’alliance avec le MODEM un préalable à toute discussion stratégique. Erreur enfin que celle de renoncer à défendre une vision réformiste du socialisme contre le retour à un hypothétique âge d’or étatiste face à la crise du capitalisme. Ultime étape du chemin de croix, le soutien apporté in extremis, après avoir refusé tout accord avec elle, à Martine Aubry comme candidate au poste de Premier secrétaire du parti, témoignage s’il en est de la perte de repères et de sens tactique du Maire de Paris dans ce congrès. Bref, en renonçant à toute audace au profit d’une fidélité mortifère, Bertrand Delanoë n’a pas seulement perdu le congrès de Reims, il a très fortement hypothéqué ses chances pour 2012. Plus grave encore, au-delà de sa personne, il a affaibli celles d’une gauche réformiste à la fois solide et crédible, enfin capable de s’opposer aussi bien à une droite décomplexée qu’à une gauche pétrie d’orthodoxie.

Certains y verront la confirmation des insuffisances qu’ils décelaient déjà chez le Maire de Paris : le costume de leader du camp socialiste et de candidat potentiel à la présidentielle est trop grand pour lui. Son incapacité à « dépasser » le périphérique parisien et à gagner une élection hors de Paris, ne serait-ce qu’au sein du PS, étant ainsi démontrée. D’autres n’y verront qu’une suite d’erreurs tactiques qui peuvent encore être rattrapées, ne serait-ce que parce que diriger le PS dans les mois et années qui viennent sera tout sauf une promenade de santé, entre les nombreuses élections à perdre (européennes, régionales…), la gestion impossible d’un parti à reconstruire et les tentatives d’OPA sur les électeurs de gauche qui viendront de tous les côtés – de Nicolas Sarkozy, de François Bayrou et d’Olivier Besancenot. 2012 est encore loin et, qui sait, être en réserve du parti ne sera peut-être pas la pire des situations le moment venu.

Cet article a été publié sous une forme légèrement modifiée sur le site TELOS sous le titre « Le pari perdu de Delanoë » le 18 novembre 2008.

4 réflexions sur “Bertrand Delanoë: la fidélité avant l’audace

  1. Oui, ce retournement de dernière minute ne grandit pas le Maire de Paris. Et en plus pour se retrouver à soutenir Martine Aubry, la « Dame des 35 heures », dans un esprit d’escalier plutôt malvenu aprés avoir refusé de le faire à chaud- en même temps, si c’est elle qui finit par l’emporter, la polémique de droite va être d’une telle violence contre elle que, peut-être, les dirigeants et militants socialistes seront obligés de faire le carré autour de leur chef.

  2. Une erreur ? un manque d’audace ? de vision ou de courage politique ?

    Je porte ici une toute autre analyse, de l’intérieur de ce « vieux parti » Mr Bouvet 😉 .
    J’ai 19 ans et je n’appartiens pas a la motion de B. delanoé, mais je suis persuadé qu’il a fait le bon choix et sur deux niveaux.

    A court terme, promouvoir la logique du rassemblement d’une part des socialistes, au détriment du combat de personnalités, et d’autre part il faut être honnête pour mettre fin à la « comédie ségolène », grande déception et agacement de la majorité des adhérents pour sa « mise en scène permanente » .

    A long terme, et soyons clair, a mon humble avis motive également pas mal les décision de Mr Delanoé. Je pense qu’il pourra apparaître d’ici à 2012 et surtout au congrès du PS de 2011, comme celui qui n’a pas voulut diviser d’avantage, qui a préféré alors en position largement gagnable au poste de premier secrétaire, de privilégier l’unité du PS plûtot qu’a son propre sort et sa promotion personnelle .

    voila pourquoi je pense que cette décision est motivée et non pas une décision attive. Il faut absolument ajouter le rôle très important dans cette décision du maire de Paris, de Mrs Hollande et Jospin et oui, qui eux sont seulement motivés par l’éviction de Ségolène Royal… soit dit en passant Benoit hamon ferait un excellent 1e secrétaire…

  3. Cher Fabien,
    Disons que B. Delanoë a tout de même fait un « choix » contraint et forcé. Qu’il aurait préféré que le congrès de Reims se déroule autrement et qu’il en sorte vainqueur.
    Mais, sa position peut en effet s’avérer favorable à terme, en 2011, si le PS n’arrive pas d’ici là à sortir de sa crise. Simplement, il ne sera pas le seul à vouloir « revenir ». Laurent Fabius et DSK restent aussi en embuscade…
    Concernant Benoît Hamon et quoi que l’on pense de ses orientations sur le fond, il me semble qu’il a deux très grandes qualités: d’abord il est d’une nouvelle génération (la même que la mienne !!!) et il est d’une simplicité et d’une honnêteté fondamentale rafraîchissante dans ce vieux parti totalement sclérosé. Mais bon, il a peu de chances de gagner… cette fois-ci.

  4. Concernant B. Delanoe mon analyse de forme après ses résultats, avant certes il pouvait pas penser a une position secondaire.

    Concernant Benoit Hamon, Mr Bouvet, vous prêchez un convaincu étant signataire de sa contribution, motion, ainsi que sa personne et membre de son courant au seins du PS même ayant plus de 20 ans de moins que lui. Il est évidemment un personnage porteur d’idées et intéressant qui je crois par son énergie fera revenir le Parti Socialiste au pouvoir national… allé presque a la louche vers 2017. Au niveau, nous verrons si la décentralisation de 2003 a portée ses fruits pour l’UMP pour asphyxier les collectivités territoriales en majorité de gauche.

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