Elargir l’Europe : encore et toujours ?

2626677571_88520ca88bIl y a encore cinq ans, l’Union européenne (UE) était un ensemble de 15 pays peuplé par 380 millions d’habitants. Aujourd’hui, après son « 5e élargissement » depuis 1973, elle compte 27 pays membres et près de 500 millions d’habitants. Demain, si l’élargissement se poursuivait (Croatie, Ukraine, Serbie, Bosnie, Biélorussie, Turquie…), elle pourrait comprendre plus d’une trentaine de pays et près de 150 millions d’habitants supplémentaires. Mais ce n’est pas cette course au gigantisme qui constitue le problème principal de l’élargissement : ce sont les réticences croissantes qu’il suscite parmi la population des pays déjà membres.

Outre l’afflux redouté de migrants intra-européens (Roumains et Bulgares notamment), désormais libres de circuler partout dans l’UE, c’est surtout la peur de voir des emplois délocalisés dans les pays de l’Europe centrale et orientale qui provoque un rejet croissant de l’élargissement. D’autant que le degré particulièrement élevé de corruption, et le détournement des fonds européens qui va avec, dans les pays qui viennent d’adhérer inquiète également les dirigeants européens. Si bien que le processus d’élargissement lui-même, longtemps présenté à la fois comme un impératif historique et une opportunité économique (un très grand marché), est désormais profondément remis en cause.

Le projet d’une Europe politique à côté d’une Europe économique s’est en effet considérablement éloigné. Et plus l’élargissement portera loin les frontières de l’Europe, plus ce sera le cas. Si bien que certains s’interrogent désormais ouvertement sur les moyens de poursuivre, à quelques pays seulement, au sein de l’UE, le grand dessein des Pères Fondateurs.

Chronique publiée dans le quotidien Nice Matin le 1er juin 2009.

Une réflexion sur “Elargir l’Europe : encore et toujours ?

  1. Chèr Laurent,

    S’il est vrai que les élargissements succesifs de l’UE à l’Est européen ont causé pas mal d’inquietude au sein des opinions publiques et des cercles économiques des pays fondateurs de l’UE, force est de constater que cette « course au gigantisme » permet à l’UE de s’affirmer de plus en plus comme un acteur incontournable sur l’echiquier géopolitique mondial. Car dans une Europe qui s’est montré très vulnerable face à l’instabilité de sa periphérie – rappelons nous de l’ancienne Yougoslavie – et qui constitue toujours un nain politique et une « verve militaire », avoir une periphérie stable et prospere ne peut, à long terme, que être bénéfique pour les pays fondateurs de l’UE.
    Par ailleurs, dans une Europe où la notion de sécurité se définit de plus en par rapport aux risques à l’échelle globale – dans le sens beckien du terme -l’élargissement ne peut plus être interpreté exclusivement comme une necessité économique et un « casse tête politique », mais aussi comme une necessité géo-politique et sécuritaire. Rendre compte de cette necessité là et communiquer mieux sur ce sujet avec les citoyens des pays fondateurs pourrait contribuer à freiner la contagion anti-élargissement.
    Car les délocalisations se pursuivront avec l’élargissement européen ou sans et le vrai problème qui se pose actuellement au sujet d’élargissement -le debat sur la Tourquie mis à part – est celui de « solidarité européenne  » en temps de crise…

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