Obama peut-il être un président par gros temps ?

La deuxième année de mandat de Barack Obama a mal commencé. La perte d’un siège-clef au Sénat – celui des Kennedy dans le Massachusetts – au profit des Républicains a sonné comme un avertissement pour le président, comme le signe inquiétant de l’insatisfaction grandissante de l’électorat, démocrate et indépendant, qui l’avait soutenu en 2008.

Cette déconvenue s’ajoute à la campagne particulièrement dure menée par les Républicains notamment à l’occasion de la grande bataille sur l’assurance-maladie. L’aile la plus conservatrice a su en quelques mois se remobiliser alors qu’on avait annoncé sa débandade. Elle s’incarne aujourd’hui dans un vaste mouvement populiste dénommé Tea Party en référence à un épisode fameux de la Révolution américaine. La première convention de ce mouvement a accueilli, il y a quelques jours, comme orateur principal, Sarah Palin, candidate putative à la présidence pour 2012. Et la Cour Suprême vient elle-même de signer d’une décision historique ce retour des conservateurs sur le devant de la scène en supprimant toute limite au financement des publicités par les entreprises pendant les campagnes électorales, renversant ainsi des années d’efforts bipartisans – dont la fameuse loi McCain-Feingold de 2002 – pour limiter le poids des groupes de pression sur les élections.

A quelques mois des élections de mi-mandat de novembre, les craintes de la majorité démocrate vont grandissantes. Si celle-ci basculait, cela rendrait plus difficile voire impossible toute initiative de la part de la Maison-Blanche – comme après 1994 sous Clinton. Il reste donc peu de temps à Obama pour montrer sa détermination à aller au bout des réformes qu’il a annoncées ou entreprises ; celle de l’assurance-maladie bien sûr dont il a fait la clef de voûte de son mandat mais pas seulement.

Après leur défaite au Massachusetts, les Démocrates ne peuvent plus faire voter une loi sur l’assurance-maladie sans négocier avec les Républicains puisque ceux-ci ont désormais le pouvoir de bloquer indéfiniment toute législation qui n’aurait pas leur aval au Sénat. Or les projets adoptés séparément par les Représentants et les Sénateurs démocrates fin 2009 étaient déjà des textes de compromis, excluant notamment une mesure pourtant jugée comme essentielle par de nombreux Démocrates : la mise en place d’une assurance publique ouverte à tous en concurrence avec les assurances privées. Tout est donc à refaire. Et malgré l’optimisme affiché par le Président, plus personne ne croît sérieusement à l’avancée historique annoncée – à cette introuvable loi sur l’assurance-maladie qui fait figure de Graal pour les Démocrates depuis Franklin Roosevelt.

Au-delà de cette réforme emblématique, c’est la « gouvernance » d’Obama qui est mise en cause sur tous les sujets, pour manque de résultat. Sur le plan intérieur, la grande loi sur l’écologie est au point mort – l’échec de Copenhague a renforcé le sentiment de gâchis – et les batailles annoncées pour l’emploi ou contre les banques restent essentiellement rhétoriques. On reproche d’ailleurs de plus en plus à Obama ses liens étroits avec Wall Street malgré sa virulence affichée contre les banquiers. Sur le plan international, la politique de la main tendue (Iran, Proche-Orient, Chine…) est loin de porter ses fruits, elle a même impliqué de constants changements de pied qui brouillent le message présidentiel. En Afghanistan aussi, malgré le renforcement de la présence militaire américaine et l’annonce d’un retrait à terme, les résultats se font toujours attendre.

Si Obama fait toujours figure, pour beaucoup d’Américains et dans le monde, d’homme d’Etat idéal – charismatique mais sans ostentation, homme de valeurs mais pragmatique, visionnaire mais soucieux d’améliorer le présent… –, il est désormais soupçonné de ne pas être à la hauteur des enjeux qu’il a pourtant lui-même si brillamment saisis pendant sa campagne, victime aussi bien de ses qualités que du mur des réalités. Comme si les Américains doutaient, en pleine tempête, d’avoir élu un président capable de manœuvrer par gros temps. Comme s’il fallait pour être un grand président des Etats-Unis, ne pas seulement être aimé et admiré mais aussi être craint.

Cet article a été publié dans le quotidien L’Humanité le 20 février 2010 sous le titre « Une ‘gouvernance’ mise en cause pour manque de résultats ».

2 réflexions sur “Obama peut-il être un président par gros temps ?

  1. On en revient toujours au même débat sur la force du symbole en politique et la capacité à faire rêver qui n’a qu’un temps.

    Ceci dit, je ne pense pas que la déception soit si catastrophique.
    Le résultat n’est certes pas terrible, mais le pire est le gap entre les attentes fantasmées et la réalité d’une politique pragmatique (élément constitutif de l’attractivité du personnage Obama). Peut-on tenir rigueur à un homme politique des fantasmes qu’il provoque chez ses électeurs ?

    A part ça, je suis pas totalement convaincu par ton choix d’illustration pour cet article 😉

  2. Merci pour cette mise au point, qui confirme les inquiétudes qu’on peut avoir. Cela commence à ressembler douloureusement à la Présidence de Jimmy Carter…

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