La campagne « Terra Nova » de Claude Bartolone en Ile-de-France

Entretien au Figaro, 10/12/15.

En meeting et dans Le Nouvel Observateur, Claude Bartolone a accusé Valérie Pécresse de défendre «la race blanche». Que vous inspirent ces propos?

De l’étonnement! On ne peut en effet se commettre dans de tels arguments dans un débat démocratique. Pour trois raisons, au moins, concernant Claude Bartolone.

D’abord parce qu’en sa qualité de président de l’Assemblée nationale, il se doit d’une certaine réserve au moins dans son expression, a fortiori à l’égard d’une députée de l’assemblée qu’il préside. Ce ton lié à ce mélange des genres est problématique.

Ensuite parce que l’on peut difficilement, en tant que candidat socialiste, reprocher une telle chose à une élue d’un parti (Les Républicains), pour lequel on appelle ouvertement à voter dans d’autres régions, comme en PACA ou dans le Nord. La campagne étant médiatisée nationalement, cela n’aidera pas nécessairement les camarades socialistes locaux de M. Bartolone. Il y a là, au mieux, une forme d’inconséquence.

Enfin parce que l’usage, abusif, de telles expressions participe de l’agitation identitaire dans le débat public que M. Bartolone et le PS sont les premiers à reprocher, à juste titre à Nadine Morano ou au FN.

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Contre le (faux) débat identitaire qui vient

Une élection présidentielle permet souvent de mettre en scène, de manière inaugurale, les débats qui occuperont les années suivantes. Mais celle que nous venons de vivre annonce peut-être une véritable rupture, en tout cas le basculement d’un système politique trentenaire vers un autre. À droite comme à gauche, les lignes bougent. De nouvelles frontières organisationnelles et idéologiques se superposent aux anciennes. Il faut donc tenter d’éclairer ces clivages qui structureront demain le champ politique.

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Le sens du peuple

La préparation de l’élection présidentielle française de 2012 a récemment vu resurgir un acteur politique qui avait pu sembler un temps oublié : le peuple. Qu’il soit évoqué, convoqué ou invoqué par les candidats putatifs, son impérieuse reconquête est annoncée comme la grande stratégie par ceux qui veulent compter lors de cette élection. Il faut « aller au peuple », « le comprendre » voire « lui donner raison ». Est-ce vraiment une nouveauté ? Une élection présidentielle est toujours une affaire de rencontre, directe et immédiate, entre le peuple souverain et les candidats. La dernière en date, en 2007, a été le moment d’une très forte mobilisation électorale, à rebours de la tendance générale de montée de l’abstention. Sa nature même, son mode de scrutin, mettent face à face celui ou celle qui s’y présente, en son nom propre, et les électeurs non comme simple addition de citoyens mais comme un tout : à la fonction représentative traditionnelle de la démocratie, cette élection ajoute une dimension d’incarnation. L’élu devenant le président de « tous les Français » selon la formule consacrée.

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Communautarisme

Si le mot communautarisme avait existé, on aurait peut-être pu lire, dans le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert : « Toujours le dénoncer ». Voilà en effet un mot qui est condamné avant même d’être entendu. Un mot qui, à peine prononcé, fait peur. Si bien que nul ne se déclare ou revendique communautariste. En France encore moins qu’ailleurs tant il heurte l’oreille et le cœur républicains. La communauté dont il est à la fois l’exaltation et l’excès n’y est d’ailleurs elle-même acceptée qu’au singulier. Elle est nationale ou celle des citoyens, jamais plus. Difficile à comprendre, le mot est souvent utilisé avec maladresse alors qu’il devrait l’être avec prudence tout particulièrement lorsque l’on compare son usage avec celui qui en est fait dans d’autres pays, aux Etats-Unis surtout.

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